‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 157 sur 367 · LESCOT VISITE SAINT-CYRAN · texte numérisé non relu

LESCOT VISITE SAINT-CYRAN

pas. On dirait qu'une main puissante tient la sanction en suspens...

Ce qui est certain, c'est que des familiers du cardinal vinrent à diverses reprises, s'entretenir avec le prisonnier. D'abord, Chavigny, un ami intime, un homme de confiance s'il en fut. Saint- Cyran, qui le connaissait depuis Poitiers, ne se déroba point à ces approches qui cherchaient visiblement un terrain de conciliation. Entrant dans l'intention bienveillante qu'on lui témoignait, il dit « qu'il n'avoit aucune passion contre les Jésuites; qu'au sujet du mariage de Monsieur, il avoit évité de parler à aucun évêque de l'Assemblée, qu'il craignoit de faire un refus à une personne à qui il devoit un grand respect (Richelieu); que si on l'eût fait appeler, il se fût présenté à lui et la première chose dont il l'eût supplié eût été de lui permettre de détruire ces raisons que l'on proposoit dans les écrits publics; que, hors les choses qu'il ne pouvait faire sans blesser sa conscience, il eût voulu faire tout le reste pour lui obéir ». Il ajouta qu'il « avait beaucoup de vénération pour l'Église, pour les délibérations du concile de Trente, etc. ».

Mais quelles étaient ces choses qu'il ne pouvait faire sans blesser sa conscience? Toujours la même difficulté de principe, celle sur laquelle s'était fait le départ entre les sectateurs de la voie étroite et ceux de la voie large : « Vattrition et la contrition, la pénitence et la communion, — fréquente communion. » « Ensuite, M. de Saint-Cyran répéta ce qu'il avait dit autrement, que jamais Dieu ne donne l'attrition à quelqu'un qu'il veut sauver, qu'il ne donne ensuite la contrition, et qu'il l'avait lu ce jour-là dans saint Bernard. »

Cette conversation n'aboutit pas. Mais Richelieu ne la considère pas comme définitive. Le 29 avril 1640, il envoie auprès du prisonnier son propre confesseur M. Lescot, docteur en Sorbonne. Saint-Cyran le reçoit, « non comme commissaire et son juge, mais comme un homme d'honneur et semblable aux autres qu'on écoute paisiblement quand il vient de la part d'une personne de la première considération, avec laquelle on n'a rien à démêler ». Le cardinal avait chargé Lescot de demander au prisonnier, s'il était vrai qu'il était prêt, comme l'avaient répété quelques-uns de ses amis, de donner quelque chose par écrit. Donc, on en est à préciser les

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termes d'un accord. Cet écrit, Saint-Cyran ne le refuse pas. Il l'avait préparé. Il le met sous les yeux de M. Lescot et commence à le copier. Ce n'était rien autre chose qu'une adhésion assez vague aux décisions du concile de Trente. Sur ce qui s'ensuivit, donnons les termes mêmes du récit, transmis d'une plume janséniste : « Après qu'il eut écrit les deux ou trois premières lignes de cette déclaration, M. Lescot lui dit un peu de paroles basses et entrecoupées, et pour lui témoigner, plus qu'il ne l'exprimoit, sHl ne çouloit pas bien y mettre quelque chose de Vattrition et contrition; mais M. de Saint-Cyran lui réplique qu'il ne pouvoit, qu'il n'auroit pas les rétractations, qu'il feroit tout ce qu'il pourroit, sa conscience sauve. M. Lescot vit bien qu'il n'y pouvoit pas revenir, de sorte que, en se taisant, il le laissa achever... » Un autre entretien eut lieu avec le même Lescot, qui n'aboutit pas davantage, et le narrateurjanséniste, Godefroy Hermant, conclut : « Ces belles apparences ne furent suivies d'aucun effet. »

La volonté d'accord de la part du cardinal ne paraît pas douteuse. Il la manifesta plus nettement encore en envoyant sa propre nièce la duchesse d'Aiguillon visiter le prisonnier. On laissa entendre à celui-ci qu'il ne s'agissait nullement de rétractation, comme le bruit en avait couru. Saint-Cyran releva vivement le mot en disant qu'il ne pouvait se rabaisser plus qu'il ne l'avait fait dans la lettre à M. de Chavigny.

Le livre de Jansénius, VAugustinus, avait été publié aussitôt après la mort de son auteur, en 1640. Le survivant de la conjuration, du Pilmot, ne pouvait maintenant se dédire et rompre avec le parti arrêté en commun depuis des années et qui avait engagé tout le groupe de Port- Royal et de ses adhérents déclarés. Saint-Cyran resta inébranlable « sur la fermeté de son cœur (1) ».

Richelieu avait prévu les dangers de la querelle janséniste.

Richelieu, d'autre part, avait-il dit son dernier mot, lorsque la mort vint le surprendre? C'est ici qu'apparaît, jusque dans

(1) Voir, sur toute cette triste finale si émouvante, le récit copieux de Godefroy Hermant, dans son Journal, publié par M. Gazier, tome I, pages 100-130.

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