‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 158 sur 367 · DIVINATION DU CARDINAL · texte numérisé non relu

DIVINATION DU CARDINAL

son silence, la puissance de divination et l'autorité sur soi-même qui caractérisent cet homme vraiment extraordinaire.

Il voyait les déchirements, les maux que le Royaume et la Royauté elle-même allaient subir, du fait de la querelle janséniste; il connaissait l'âpreté des disputes françaises, surtout quand un certain idéahsme égaré les envenime; il se figurait, d'après les origines, déjà si pleines de hargne, l'acharnement du duel futur, les blessures inexpiables affaiblissant les élites chrétiennes; il devinait les consciences opprimées, les élans brisés, les enthousiasmes ravalés, la désunion dans l'Éghse et dans l'État, entraînant l'égarement des fidèles et même d'une partie du clergé, et cette séparation du bas clergé, du « second ordre », qui devait tant contribuer, par la suite des temps, à la Révolution et à la fin du Régime (1).

Ces suites funestes, Richelieu les avait vues, pressenties, considérées; car l'imagination préventive est une des plus grandes parties de l'homme d'État. Il entendait y parer en vertu de la maxime Principiis obsta. Ayant usé d'autorité à l'égard de Saint- Cyran, il avait cherché, en même temps, dans un parfait esprit de

(1) Pour se faire une idée complète des ravages causés par la querelle au cours du siècle suivant, voir l'ouvrage si complet, si fouillé, de M. Préclin : Les Jansénistes du xviii« siècle et la Constitution civile du Clergé. Le développement du Richérisme et sa propagation dans le bas-clergé, 1713-1791. Gamber, in-S". 1929. On verra à quel point l'idée révolutionnaire était déjà développée par la querelle janséniste dans le bas clergé dès la fin du règne de Louis XIV, par la lettre inédite ci-dessous, adressée par le régent Philippe d'Orléans à l'évêque d'Auxerre, le 18 juillet 1717.

A Paris, le 18 juillet 1717.

Monsieur,

Depuis la lettre que je vous ai fait écrire par un des secrétaires d'État, je n'ai point perdu de vue V importante araire de la Constitution {la bulle Unigenitus) et j'ai cherché tous les moyens possibles pour la finir par les voies de douceur et de conciliation... Mais, afin que vous ne soyez pas troublé non plus dans le gouvernement de votre diocèse et que vos ecclésiastiques du second ordre se contiennent dans la subordination qu'ils vous doivent, j'aurai soin de donner les ordres nécessaires pour faire en sorte qu'il ne se passe rien dans le Parlement qui puisse blesser l'honneur et la dignité de V Épiscopat, et qu'au contraire, vous y trouviez tout le secours et toute la protection que vous en pouvez attendre. Au surplus, s'il se trouve quelqu'un dans votre diocèse qui veuille en troubler le repos et se soulever contre votre autorité ou traverser, par des actes d'appel au futur Concile sans nécessité ou autrement, les mesures que je prends pour parvenir à la paix, vous n'aurez qu'à vous adresser à moi et j'y employerai le pouvoir souverain dont je suis dépositaire pour les réprimer et les punir.

Votre affectionné ami Philippe d'ORLÉ ans.

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