‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 160 sur 367 · ORAGES PRÉVUS · texte numérisé non relu

ORAGES PRÉVUS

ne doute point, Madame, que Votre Majesté ne reconnaisse jusqu'où peuvent aller les conséquences de ce désordre et qu'elle ne voie sans peine que si ces maximes (celles des Jésuites) trouvoient quelque créance dans les esprits, l'Église seroit sans pouvoir, les pasteurs seroient sans crédit, les fidèles seroient sans assurance, que toute la chrétienté seroit dans le trouble et la division. »

Le feu était aux poudres. Les Jésuites remuaient ciel et terre : la Sorbonne, l'Université, la Cour, les consciences catholiques et Rome même. Pascal allait lancer le brûlot des Provinciales (janvier 1656). Le siècle était engagé dans la plus triste, la plus vaine, la plus insoluble des disputes au sujet des cinq fameuses propositions qui existaient peut-être et qui peut-être n'existaient pas : on n'en sait rien encore!

Richelieu avait écrit, en octobre 1635, à propos d'un autre désordre : « Une seule étincelle est capable d'embraser la plus grande ville du monde... Si l'on ne remédie aux factions, les étouffant dans leur naissance, lorsque leur commencement est si foible que ceux qui n'en connaissent pas la nature n'estimeroient pas qu'elles fussent à craindre, elles croissent et se renforcent de telle sorte en un instant, qu'il est, par après, impossible de résister à leur violence (1). »

La victoire se prononçait à l'extérieur, et Mazarin allait hériter de Rocroi. Mais, à l'intérieur, un nuage s'était levé. Le règne du Roi Soleil, dans tout son éclat, sera obnubilé par les deux orages que Richelieu avait prévus et que sa sagesse eût voulu écarter : la querelle janséniste et la révocation de l'Édit de Nantes.

Richelieu et l'ordre ecclésiastique français.

Quand Richelieu était arrivé au pouvoir, la crise religieuse, née au xvi^ siècle, tendait vers sa fin. Catholique, prêtre, évêque, cardinal, ministre du Roi Très Chrétien, il était dans l'obligation, — • et le sérieux de son esprit lui en faisait un devoir (2), — de déter-

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, 23 octobre 1635, tome V, page 330.

(2) Cette gravité de l'esprit du cardinal frappe les contemporains. L'un d'entre'eux cite parmi les graves illustres, le cardinal de Richelieu, et il dit: « Tous ces gens-là ont été extrêmement sérieux et doués d'une gravité majestueuse qui les rendait vénérables de prime abord. » Cité par Griselle, Documents, juillet 1912, page 328.

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