L'AUTORITÉ ET LA RAISON
miner, par une méditation profonde et continuelle, les principes qui devaient diriger son action.
La lecture de ses livres, surtout de ceux qui ont été conçus et écrits dans les dernières années de sa vie, nous a permis d'entrevoir le fond de sa pensée religieuse : à l'égard du problème protestant, nous l'avons vu sage, prudent, tolérant, résolu à imposer l'unité nationale à un Royaume encore divisé, mais, une fois ce résultat obtenu, prêt à se porter vers l'apaisement et travaillant à l'union des deux Églises.
En ce qui concerne ses sentiments catholiques, nous l'avons vu, plein de clairvoyance sur les dangers du jansénisme, s'efforcer de les prévenir par une sagace vigilance, même par l'exercice de l'autorité, étouffant à leur naissance des polémiques qu'inspiraient soit des initiatives orgueilleuses, soit des influences étrangères.
Nous allons voir cette même prudence le guider dans les affaires ecclésiastiques en général, dans l'amélioration des mœurs et de la discipline, dans la réforme des ordres monastiques, dans la position prise par lui à l'égard d'un certain parti épiscopal invoquant, avec une ténacité quelque peu antiromaine, les vieilles libertés de l'Église gallicane.
Reconsidérons d'abord les principes : il les expose lui-même dans, ce Testament politique qu'il a laissé à la postérité comme legs de son expérience et comme défense de ses actes. Les deux premiers chapitres de la deuxième partie, écrits approximativement vers 1636, présentent une vive et frappante connexion entre l'inspiration religieuse et l'autorité de la raison : « Le règne de Dieu, écrit le cardinal, est le principe du gouvernement des États; et, en effet, c'est une chose si absolument nécessaire que, sans ce fondement, il n'y a point de prince qui puisse bien régner ni d'État qui puisse être heureux... Rien n'est plus utile à son établissement que la bonne vie des princes, laquelle est une loi parlante et obligeante (c'est-à-dire entraînant obligation...). La pureté d'un prince chaste (on voit qu'il s'adresse à Louis XIII) bannira plus d'impiété de son Royaume que toutes les ordonnances qu'il pourra faire à cette fin... Il n'y a point de souverain au monde qui ne soit obligé, par ce principe, à procurer la conversion de ceux qui, vivant sous son