LA PLAINTE DU SOUVERAIN PONTIFE
Le courant du siècle enveloppait donc et poussait, si l'on peut dire, le cardinal; mais il fallait aussi que ce courant fût canalisé, dirigé, réglé : les grandes œuvres ont besoin, pour leur accomplissement, à la fois d'une élite et d'un homme.
La réforme des monastères.
Il n'y a qu'un avis à ce sujet, l'état de l'Eglise catholique française, au moment où Richelieu prenait le pouvoir, était lamentable (1). Nul témoignage plus formel et plus autorisé que la plainte du Souverain Pontife, renouvelée dans toutes les instructions adressées aux nonces et rédigées, pour la plupart, par le neveu du Pape, Antonio Barberini, qui avait précédemment séjourné en France : « A dire le vrai, il n'y a eu, dans aucun autre pays, un plus grand dommage que celui qui est résulté, en France, du défaut de qualité et du manque d'aptitudes des prélats et des membres du clergé. L'ignorance générale jointe à de mauvaises coutumes ont eu pour suite des abus de toute sorte qui ont scandalisé les peuples et les ont portés vers le schisme et vers l'irrespect à l'égard du Saint-Siège... Les réguliers ne sont pas hors de reproches. Combien de monastères où les moines vivent sans clôture, livrés aux libertés du siècle, surtout dans les campagnes, où ce spectacle cause un désordre auquel on ne sait comment porter remède (2)! » Rome, bien entendu, a une tendance à rendre responsable de ces maux l'indépendance gallicane; de même, d'ailleurs, que l'Église gallicane ne se prive pas de critiques à l'égard du monde romain. (^)uoi qu'il en soit, les faits sont là. Les débuts du règne de Louis XIII étaient, au point de vue ecclésiastique, une époque de désarroi, de querelles, de violences dont les excès ne purent être dominés,
pullulent dans la première moitié du siècle et qui, après M°>e de Joigny et M"» Le Gras, contribua le plus à toutes les intentions de saint Vincent de Paul. » Page 214.
(1) Voir le troisième chapitre de la première partie du Testament politique, « qui représente le mauvais état où l'Église étoit au commencement du règne du Roi ». — Voir aussi dans Histoire du Cardinal de Richelieu, tome IV, chap. i"^', l'exposé de cette situation et le remède que la conversion de Henri IV commença d'y apporter.
(2) Voir h? texte des Instructions pontificales dans le Recueil de Léman. — Instruction à Bagny, 1G27 (pages 9G et suivantes).