‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 166 sur 367 · RICHELIEU PRÉPARE DE BONS PRÊTRES · texte numérisé non relu

RICHELIEU PRÉPARE DE BONS PRÊTRES

refrénés, que par la volonté et l'adroite conduite du grand ministre aidé des hommes dévoués qu'il avait su choisir (1).

Le détail de cette histoire ne peut être rapporté ici. Elle a été écrite, d'ailleurs, à des points de vue divers, dans l'abondante littérature consacrée à ce sujet. Nous rappellerons seulement quelques points saillants qui touchent à l'histoire générale du pays et qui permettent de pénétrer plus près du caractère et de la conduite du cardinal.

Évêque de Luçon, orateur du clergé aux États généraux de 1614, il connaissait à fond tout le haut personnel : au fur et à mesure des vacances, il le recrute avec un grand soin, tant au point de vue de la valeur morale que de la capacité épiscopale, non sans tenir compte, bien entendu, des sentiments politiques et du dévouement au Roi et à sa propre personne.

Il sentait la qualité des hommes formés par l'Église, et son intention avait été, au début, de confier aux évêques certaines fonctions de l'ordre laïc et particulièrement administratif. L'essai ne le satisfit pas. Mais il n'en eut que plus de soins de préparer, pour l'Église, de bons prêtres et de bons prélats. Mgr Degert a très bien montré, dans son Histoire des Séminaires français^ que Richelieu est le premier évêque qui ait fondé dans son diocèse un séminaire, le premier qui en ait remis la direction aux Oratoriens (2).

L'ouest de la France et, en particulier, le diocèse de Poitiers, qui avait assisté aux débuts de Richelieu, reçurent, durant toute la carrière du ministre, des marques renouvelées de bienveillance attentive. Le cardinal introduisit la réforme de Saint- Maur dans les monastères bénédictins avec le concours de l'évêque M. de La Rocheposay, la réforme du Calvaire à l'abbaye de la Sainte-Trinité de Poitiers, etc. Dans son testament, il lègue soixante mille livres « pour entretenir à Richelieu vingt prêtres

(1) M. Emile Magne, dans son piquant ouvrage, Le Plaisant abbé de Boisrobert, a donné un tableau, pris sur le vif et vraiment rabelaisien, de la décadence des mœurs dans les abbayes et prieurés de Bourgogne, et montré les difficultés de la réforme (pages 3i5 et suivintes).

(2) Voir Dom Paul Denis, Le Cardinal de Richelieu et la Réforme des monastères bénédictins, 1913, page 216. — Voir aussi L'Oratoire à Luçon.

198 lUCIlELIEl LUTTE CONTRE L'ABUS DES COMMENDES

afin de s'employer aux missions du Poitou, suivant leur institut ».

Cette aflaire de la réforme des ordres monastiques fut Tune de ses grandes préoccupations; il conçut, à ce sujet, une doctrine et s'attacha à une pratique personnelle sur lesquelles on a porté des appréciations sévères. La lumière ne s'est faite que très lentement, car, là comme ailleurs, l'hostilité des adversaires du cardinal a égaré l'histoire.

La grande pensée de Richelieu, conforme à celle du Souverain Pontife et conforme aussi au mouvement de l'opinion, était que la réforme des couvents était devenue indispensable; mais l'on savait aussi que seule. la plus ferme autorité pouvait l'accomplir. Le mal, sans cela, était incorrigible. L'abus des commendes, qui encombraient les maisons religieuses de personnages appartenant à la famille royale, aux familles des grands du Royaume, aux favoris, l'attribution des bénéfices à des quémandeurs, souvent laïcs, parfois militaires, la mauvaise volonté égoïste et passionnée des « anciens » (beau possidentes) résolus à ne rien céder de leurs privilèges et de leurs jouissances, le tout opposait à la réforme des mœurs et de la discipHne une porte d'airain.

De ses premiers échecs le cardinal réformateur avait appris que le seul moyen de réussir était d'imposer aux récalcitrants, des abbés, des prieurs, des religieux, ayant déjà pratiqué spontanément la réforme dans d'autres ordres ou d'autres maisons. Telle fut sa manœuvre. Mais la lutte qui s'engagea entre les partisans des deux systèmes atteignit un tel degré de violence, allant jusqu'aux rixes à mains plates, qu'on dut recourir à des moyens d'exécution plus énergiques encore : le cardinal, sollicité par les ecclésiastiques et les religieux animés de bonnes intentions, se fit attribuer à lui-même, par décision royale, les fonctions de chef des ordres ou des maisons dont les résistances paraissaient incompressibles.

Cette mainmise avait pour suite naturelle de lui attribuer le revenu des bénéfices et la disposition des ressources pécuniaires des établissements. Une telle concentration permettait au cardinal d'employer, selon les besoins de la réforme, les ressources considérables des fondations. Richelieu lui-même, par une lettre circulaire, fait connaître aux ordres intéressés, ses intentions et sollicite,

Page 1