‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 168 sur 367 · COLÈRES DE MOINES · texte numérisé non relu

COLÈRES DE MOINES

les dépenses nécessaires pour que les conditions morales et matérielles de la réforme améliorent le sort et la dignité de ceux qui l'auront acceptée.

Impossible donc de méconnaître la sagesse de ses vues et sa modération dans la façon dont il les applique. Et cependant, comme il se heurte à des intérêts et des passions de longtemps en éveil, cette ingérence, qui troublait la quiétude de centaines de couvents et de milliers de religieux (1), ne manqua pas de provoquer une soudaine et violente exaspération, — colère de moines et de troupeau; — de là une polémique acharnée qui se manifesta par une floraison de ces libelles injurieux qui étaient alors les moyens de l'opposition : l'avarice du cardinal s'emparait, disait-on, de la fortune ecclésiastique pour accroître son énorme fortune personnelle et pour subvenir à ses folles dépenses en bâtiments, en pompes, en représentations, en caprices tyranniques.

Et, naturellement, ces critiques enflammées se retrouvent sous la plume des historiens, amateurs de l'ouvrage tout fait. « Son Eminence y allait de bon train, écrit, de nos jours, l'un de ces bons religieux qui n'a pas pardonné; on annule des décisions pontificales sans sourciller et on ne fait appel aux décisions de Rome que pour faire sanctionner les empiétements du cardinal... Ces prétentions (il s'agit d'une pension de trente mille livres attribuée au cardinal par suite de la réforme accomplie sous sa protection à l'abbaye de Chezal-Benoît) étaient écœurantes. Le cardinal, gorgé de pensions, dont les rentes prélevées sur les bénéfices ecclésiastiques montaient à un million et demi, extorquait des monastères endettés une somme considérable prise ainsi sur l'avoir de ces maisons. Beau moyen de rétablir l'ordre! Mais Richelieu n'avait aucune vergogne quand il s'agissait de palper l'argent. »

Dom Denis, qui cite ce texte dans son excellente étude sur la Réforme des monastères bénédictins^ l'accompagne d'un commentaire : il démontre, d'une part, que la somme d'e trente mille livres était stipulée dans un arrangement qui la substituait à une somme

(1) Rien que dans l'ordre de Cluny, les considérants de l'ordonnance du 18 décembre 1631 parlent de six cents monastères; à Noirmouticr ,il est question de cent vingt prieurés. — Voir D. Denis, op. cit., page 82.

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