‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 169 sur 367 · LES COUVENTS TIRÉS DE LEUR RUINE · texte numérisé non relu

LES COUVENTS TIRÉS DE LEUR RUINE

de cent soixante mille livres que le cardinal eût pu réclamer comme montant du revenu des abbayes dont il devenait le chef et que, d'ailleurs, ces trente mille livres, il ne les toucha jamais; d'autre part, il établit que l'ensemble du revenu attribué à ce Richelieu « gorgé de pensions », au détriment des ordres monastiques, montait exactement à deux cent soixante-quatorze mille six cent cinquantetrois livres, et non, comme on le répétait, à plus d'un million de livres.

Nous reviendrons sur la question de la fortune personnelle de Richelieu et sur l'usage qu'il en fit, soit au cours de son existence, soit par ses dispositions testamentaires. Mais en ce qui touche spécialement le revenu des bénéfices ecclésiastiques, il n'est que juste de l'entendre lui-même. La rumeur infâme ayant été colportée jusqu'à Rome, le cardinal écrivait, pour être mise sous les yeux du Souverain Pontife, une lettre portant la déclaration la plus nette : « Si le Pape est bien informé, il saura que je ne prends pas les bénéfices pour en profiter, mais bien pour tirer les couvents de leur ruine et les mettre en état d'une bonne réforme. » Telle est la vérité, et on peut l'en croire. Sainte-Beuve dit avec force : « Il n'est pas homme à retenir et à accumuler, à la manière d'un bon trésorier et d'un bon économe, les gouvernements et les charges; il aime mieux les distribuer aux autres. Il y a du roi autant que du ministre en lui. » Langage digne de l'histoire.

Que faut-il penser, cependant, de la position prise par le Saint- Siège au sujet de la réunion de plusieurs ordres ou établissements ecclésiastiques sous l'autorité de Richelieu? Il est certain que Rome traîna en longueur si longtemps que, sans refuser, elle évita de se déclarer en faveur de l'autorisation sollicitée avec insistance par le ministre de Louis XIII.

Mais, ici encore, l'histoire doit se référer à une documentation précise. Il est hors de doute que cette attitude de la Cour pontificale tenait uniquement à l'opposition ardente et intraitable des deux branches delà catholique maison d'Autriche, toutes puissantes à Vienne et à Madrid, qui avaient Rome sous leur influence. Cette opposition ne devint que plus acharnée quand la guerre les eut déchaînées contre la France et ses alliées. Plusieurs des Ordres

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