MA' TARDIVE JUSTICE RENDUE AU CARDINAL RÉFORMATEUR
visés avaient des maisons dans les pays hostiles à la France et l'autorité que Richelieu pourrait prétendre sur ces ordres risquait d'avoir de graves conséquences, en particulier si elle cherchait à s'étendre jusque sur la Compagnie de Jésus, si puissante à Rome. Il ne s'agit plus ici d'une question de gros sous : c'est la politique internationale dans son ensemble qui est en cause. Nous allons y revenir.
Mais, pour en finir avec cette mesquine querelle montée contre la personne et contre la mémoire du cardinal, et pour conclure en ce qui concerne la réforme monastique telle que sut l'entreprendre et la réaliser, du moins en partie, le cardinal de Richelieu, qu'il suffise de citer ici le jugement de l'historien le plus récent, le mieux informé et le moins suspect sur la matière, Dom Denis : « Libre à certains historiens de reprocher à Richelieu ce qu'ils appelleront une intrusion et un abus de pouvoir : pour nous, nous ne pouvons nous défendre d'un vif sentiment d'admiration pour l'inlassable activité du grand ministre, sa constante et universelle vigilance, son respect de l'autorité régulière, sa préférence incontestable pour les procédés de douceur, et, par-dessus tout, son désir pieux et sincère d'une durable réforme des ordres religieux (1). »
L'amortissement des biens ecclésiastiques.
On ne peut passer absolument sous silence une autre critique très violente dirigée contre Richelieu par l'un de ses collègues en l'épiscopat, qui fut, d'ailleurs, un de ses adversaires déclarés, Montchal, archevêque de Toulouse, président de l'Assemblée du Clergé en 1640. Ce reproche a été repris, de nos jours, par M. Jean Tournyol du Clos dans un ouvrage plein d'érudition : Richelieu et le Clergé de France. — La question des amortissements (2).
C'est une vieille querelle, où la responsabilité de Richelieu ne peut se séparer de celle de la Royauté française. De tout temps, et, en tout cas, depuis le règne de François I", les finances royales ont réclamé, sur les biens ecclésiastiques, le droit d'amortissement
(1) Op. cit., page 215.
(2) Jean Tournyol du Clos, un vol. in-S", ouvrage non lenniné; Uiard et Brière .1912.