ADHÉSION DU ROI
nouvelle et difTicile par l'entreprise sur le Milanais (c'est-à-dire contre l'Espagne). Sa prudence cache cette peine. Elle a montré au garde des Sceaux (Marillac) une assurance que cela ne seroit point. Le désir qu'elle en a lui donne par intervalle cette créance (1). »
Mais Louis XIII lisait avec son attention habituelle, dès le mois de février, les premiers avis de Richelieu. Animé de cette fierté militaire et nationale qu'il a héritée de Henri IV, il a pris position et s'est confié une fois de plus aux directions de son ministre : « Voilà mon sentiment sur les mémoires que vous m'aviez envoyés. Je remets toutefois à votre jugement et expérience et vous donne tout pouvoir..., de faire tout ce que vous verrez sur les lieux être plus convenable au bien de mon service, au secours de mes alliés et à ma réputation. Ayant reçu par le passé des effets si avantageux de vos bons conseils et de votre prudente conduite je me promets que le succès de cette entreprise n'en sera pas moins heureux et glorieux que les précédents... »
Les idées exposées dans le mémoire de Pignerol ont donc obtenu, peut-être même d'avance, l'adhésion royale. L'armée est mise en mouvement. Le maréchal de Créqui prend la tête pour envahir la Savoie. L'Italie s'ouvre devant ses pas.
Que pensait-on à Rome? La paix! La paix à tout prix? Mais que faire? On recourt, une fois encore, à la mission du cardinal Antoine et à l'activité de son fameux conseiller Jules Mazarin. Celui-ci se rend auprès de Richelieu, qui le reçoit gracieusement, on pourrait dire avec sa cordialité ordinaire. Se prêtant à la démarche pontificale, le ministre se déclare prêt à négocier la paix, mais une paix qui donne à la France les sûretés nécessaires. Puis il ménage à Mazarin une audience royale. Mazarin gagne par son éloquence les bonnes grâces du Roi. Mais Louis XIII a été bien stylé par Richelieu; il dit que, tout en souhaitant ardemment la paix, il la veut solide et durable : il lui faut de sérieuses garanties; le duc de Savoie l'a si souvent trompé qu'il lui est bien difficile d'ajouter foi à ses paroles; en conséquence, il ne peut suspendre la marche de ses troupes et le cours de ses avantages.
(1) Pages, Richelieuet Marillac, deux politiques [Revue historique, CLXXIXI, page 78).