LA CRISE EUROPÉENNE
Mazarin n'ignorait rien du double jeu où s'était empêtré le Savoyard; admettant, il se tait. Le Roi gardera de lui une impression excellente et qui durera.
Au bout d'un mois, Louis XIII était maître de la Savoie presque entière depuis le pont de Beauvoisin jusqu'au Mont-Cenis (1).
Les quatre drames.
La crise européenne se développe en France, pour ce qui concerne particulièrement les relations avec Rome, selon que se développent plusieurs drames dont les fils entremêlés apparaissent simultanément ou alternativement : 1" à Paris, le drame de la famille royale, la récolte de Gaston avec la complicité du parti de la reine Marie de Médicis, acharné à la perte de Richelieu; 2° en Europe, le drame des puissances, Espagne, Allemagne, Italie, soulevant l'union des libertés européennes contre un programme de domination universelle; 3° en Europe également, le drame des religions qui pose le problème des alliances de la France avec les Pays-Bas révoltés, avec la Suède de Gustave-Adolphe et de ses successeurs en lutte contre l'Empire et contre l'Espagne; 4° en France, le drame qui se joue entre toutes ces puissances, le drame des frontières, à savoir l'alliance espagnole encerclant la France en Flandre, en Picardie, aux Ardennes, en Lorraine, en Franche-Comté, sur les Alpes, sur les côtes méditerranéennes, sur les Pyrénées et sur tout le vaste espace des mers et prétendant achever cette incarcération par de nouvelles acquisitions et des passages stratégiques; de partout enfin un drame des consciences, aspirant à la paix religieuse autant qu'à la paix politique. Ce drame se centralise à Rome. Rome peutelle se prononcer pour l'un ou pour l'autre des deux partis qui divisent le monde catholique. Doit-elle le faire? Peut-elle le faire? Qu'a-t-elle fait? Et la France qu'a-t-elle fait pour satisfaire Rome? ■ Nous n'avons pas à reprendre ici l'exposé du drame de la famille royale ni le détail de la querelle de Gaston de France et de Charles de Lorraine avec le Roi et le cardinal de Richelieu. Qu'il suffise
. (1) Victor Cousin, La jeunesse de Mazarin (d'après les archives de Turin), page 333.