LORRAINS CONTRE BOURBONS
de rappeler que Monsieur, dans son rêve d'ambition, envisageait soit le remplacement, soit la succession de son frère ,, aîné, dont il était l'héritier présomptif, et qu'il s'était engagé, % avec une légèreté et une absence de foi sans secondes, dans la querelle de Marie de Médicis, des Marillac, de Montmorency contre le Roi et contre le cardinal. S'étant enfui en Lorraine, il avait épousé, en coup de tête et clandestinement, la princesse Marguerite, sœur du Duc et, ainsi, il s'était subordonné aux vieilles ambitions de la maison de Lorraine, il servait les Guise, contre les siens, les Bourbons. Charles, duc de Lorraine, inféodé à la cause de l'Empire, se trouvait à son tour, jeté dans la bagarre, et se mettant à la tête, des contingents impériaux joints à ses propres contingents lorrains, il avait envahi le territoire français. Ainsi se posait, pour la famille royale, pour la France et pour le cardinal, la question à triple face du mariage lorrain, de la succession royale et de la frontière du Rhin. Par un arrêt du parlement de Paris, daté du 5 septembre 1634, le mariage de Monsieur avec la princesse Marguerite avait été déclaré « non valablement contracté » et le duc Charles de Lorraine, vassal lige de la Couronne, avait été condamné « pour rapt et pour • avoir, par complot, trahison, conspiration, entrepris de faire contracter et célébrer ledit prétendu mariage, non seulement contre la volonté du Roi son souverain Seigneur... mais aussi contre les lois de la France, les ordonnances des Rois, l'honneur de la Couronne et la sûreté de l'État ». Malgré tout, à la suite d'une entremise du favori de Monsieur, ce Puylaurens qui obtint pour récompense la main d'une cousine de Richelieu, Gaston était rentré en France, au début du mois d'octobre 1634, échappant à ses hôtes de Bruxelles et à la cabale de Marie de Médicis. Mais l'affaire du mariage n'avait pas été arrangée, quoique Gaston et la princesse, s'étant rendus à Malines, eussent fait consacrer leur union selon les règles de l'Église par l'archevêque de cette ville (1).
(1) Pour faire sentir la complication de cette affaire, il n'est pas inutile de donner ici le texte inédit d'une lettre que le Père Chanteloube, confident de la reine Marie de Médicis et grand ennemi du cardinal de Richelieu, adressait le 8 avril 1634 à un homme du parti qui était resté en France : ti L'on vous envoie un chiffre duquel on ne se ser\ira point de deçà que vous ayez fait savoir s'il est touché heureusement entre vos mains... Monsieur a envoyé d'Elbène (un des confidents de l'Altesse Royale) trouver le Roi et