LE PAPE REFUSE DE PRENDRE PARTI
Le 11 juillet, est envoyé aux ministres espagnols à Rome l'ordre de mettre sous les yeux d'Urbain VIII le texte de la ligue francohollandaise... Rien ne démontre mieux que la France veut troubler le repos de l'Italie et de l'Allemagne. Les agents espagnols inviteront le Pape à prendre les mesures pour se défendre. Philippe IV ne se lasse pas de solliciter de Rome des secours pécuniaires. Même ses diplomates le presseront d'envoyer des troupes en Allemagne et de prendre part à la guerre qui va éclater (1). »
Rien de tout cela n'ébranle la volonté arrêtée et déclarée du Pape : il ne prendra pas parti. Certes il multiplie les supplications, les objurgations soit par ses brefs adressés au Roi, soit par la parole de ses nonces, où il dépeint en termes émus la profondeur de son affliction et il réitère ses appels les plus pressants à son fds, le Roi Très Chrétien. Il intercède, il s'ingénie, il propose, multiplie les raisons et les procédures; il revient sans cesse à la charge. Il insiste surtout pour que les populations et les principautés catholiques d'Allemagne soient protégées contre les horribles méfaits de la guerre. Mais il ne va pas au delà.
Il ne sort pas de sa résolution d'éviter tout ce qui peut l'entraîner dans les voies d'une participation politique. Père de tous les fidèles, il entend le rester, et même si l'on admet que ses sentiments ne sont pas sans quelque faveur à l'égard de l'un des deux partis, il ne le manifeste par aucun acte, par aucune parole. Celle qu'il a sans cesse à la bouche est toujours la même : « La paix, la paix (2) ! »
(1) Léman, Urbain VJII et la Rivalité, pages 311, 388 et suivantes.
(2) Voir les instructions aux nonces et les brefs du Pape cités notamment dans Léman, page 299, etc., et ceux qui font partie de la communication pontificale récente. Tout le monde autour du comte de Noailles, ambassadeur du Roi, ne partageait pas le sentiment que le Pape était favorable à la France. Le poète Maynard, secrétaire particulier de l'ambassadeur, dont l'esprit caustique est d'ailleurs connu, écrivait à son ami Flotte : « Je ne puis rien vous dire sinon que nous avons un Pape de qui l'âme est tout à fait espagnole, témoin deux brefs qu'il a envoyés au duc de Parme où se voit qu'il est fâché que ce prince se soit mis dans nos intérêts. Sa Sainteté pourroit changer ce langage-là après la pri.se de Valence, que nous estimons infaillible. Si Louis XIII pouvoit devenir duc de Milan, je vous assure qu'il seroit maître du Pape et de tout le Sacré Collège; une armée de vingt mille hommes, bien payée, un général vaillant et fidèle, avec six mois de temps, achèveront cet ouvrage. » C'eût été la manière forte. Il ne semble pas que le roi de France eût gagné à tenter l'aventure. Richelieu ne fut-il pas sage de ne pas le lui conseiller? Notice sur Maynard par Gaston Garrinon, Œuvres poétiques, édition Lemerrc, tome I, page xi x.