DRAME DE CONSCIENCE
roi, la Lorraine. Elles se reproduisent à satiété dans la documentation diplomatique. On se les renvoie comme des balles; parfois on croit les saisir. Mais toujours elles échappent.
Voyons, d'après le jeu lui-même, quelle est aux yeux de Richelieu, leur valeur comparative. Le cardinal aurait été, d'après les rapports des nonces, jusqu'à envisager l'abandon de Casai et même de Pignerol; mais, ce qu'il ne consentira jamais à céder, c'est le passage par la Valteline et les points occupés ou revendiqués en Lorraine, Moyen vie, les places fortes du Duché; car, là, se trouve la sécurité du Royaume (1).
Il y a une autre chose qu'il ne fera pas davantage : ce sera d'abandonner ses alliés, même protestants; il ne donnera des mains qu'à un arrangement qui comme base aurait une pacification générale européenne. La manœuvre qu'il devine et à laquelle il s'oppose avant la guerre et, s'il le faut par la guerre, c'est celle, — trop visible, — qui travaille à isoler la France.
Telles sont les conditions du drame de conscience qui se joue toujours entre Rome et la France. Revenons au point de vue romain : ce que veut le Saint-Père, c'est le maintien de la paix, et si la rupture se produit, le rétablissement, — aussi prompt que possible, — de la paix. Les nonces tendent sur toute l'Europe la toile d'araignée d'une conversation ininterrompue. A la moindre vibration, tout vibre. Rome se tourne vers l'une ou l'autre des puissances, s'eiïorçant d'aplanir les difficultés, de rapprocher les divergences, de dissiper les méfiances, de calmer les passions. Jeu infiniment complexe et qui, au jour le jour, parait stérile, alors que peu à peu cependant les oppositions, les solutions se dégagent.
L'intermédiaire : Mazarin.
Sans nous attarder au détail infini de ce travail de termites, nous dirons simplement où en étaient les choses entre la France et Rome, à la veille de la rupture en décembre 1634 et au printemps de 1635, c'est-à-dire au point décisif du débat.
(1) L'Empereur, d'autre part, aurait été amené à laisser à la France Pignerol et Moyenvic; mais une telle concession n'avait jamais été faite par l'Espagne. Lenian, op. cit., p. 428.