‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 188 sur 367 · DISPOSITIONS PEU CONCILIANTES DE L'ESPAGNE · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS PEU CONCILIANTES DE L'ESPAGNE

Tout se passe alors par l'intermédiaire de Mazarin.

Richelieu a amené le Pape à l'idée d' « une négociation générale en vue d'une paix totale ». Mazarin écrit de Paris : « On proteste ici qu'on est tout à fait disposé à favoriser la conclusion d'un traité de paix; mais nous ne sommes pas satisfaits (c'est-à-dire Rome n'a pas toute satisfaction)... il me semble que c'est pour plaire à Sa Sainteté que, fatigués de si continuelles instances, ils nous ont informés de leur décision d'envoyer des plénipotentiaires (ce qui était un des points les plus discutés jusque-là, puisqu'il engageait la négociation). Mais c'est ici un principe arrêté que les Espagnols n'inclinent pas à un accord, qu'ils doivent bientôt diriger tous leurs efforts contre la France, nous le savons. » Et Mazarin d'ajouter : « Ainsi on ne pourra pas alléguer, disent les Français, que la paix n'a pas pu se conclure à cause de nous. On ne pourra pas dire davantage que les Français se sont servis de nous les représentants du Saint-Siège pour endormir la maison d'Autriche par de vains espoirs de paix (1). »

En échange de ces dispositions qui se rapprochent très sensiblement des vues et des désirs du Saint-Père, la France renouvelle avec insistance auprès de Rome une demande qui intéresse plutôt encore le chef des États romains que le Pontife, puisque, si elle était accordée elle assurerait la pleine indépendance des principautés italiennes : ce serait la formation d'une ligue entre le roi de France, les Électeurs de Bavière, de Cologne, de Trêves, les autres princes catholiques d'Allemagne, et les princes d'Italie. Le Pape serait le chef de cette ligue et il pourrait étendre son autorité politique jusque sur le royaume de Naples : « Vous ne pouvez vous imaginer, écrit Mazarin à François Barberini, l'élo-

(1) Léman, op. cit., page 464. Il existe une preuve très frappante des dispositions conciliantes non seulement des diplomates royaux, mais des Français qui les entouraient au cours de la négociation, comparées à la hauteur des Espagnols. On la trouve dans cette lettre qu'un certain Brassit, secrétaire de la légation de France en Hollande, écrivait le 14 août 1650 de La Haye : « Je lî'ai pas laissé de soutenir, comme je le crois encore certainement, que c'est un effet de la mauvaise intention de ceux qui voudroient voir les deux Couronnes dans un perpétuel conflit, en altérant entre eux les ministres qui pourroient rendre de bons offices. 11 faut espérer de la grâce de Dieu qu'il touchera les cœurs de ceux qu'il reconnaîtra répugner à ce bon œuvre de la tranquillité publique, etc. » (Archives de M. Gabriel Hanotaux.)

Page 1