L'EMPIRE, L'ESPAGNE ET LES THÈSES LUTHÉRIENNES
Richelieu, avec, en perspective, l'honneur de la paix qui sera un jour conclue sous le haut patronage du Saint-Père. Les actes répondent aux paroles : la France, ni protestante ni janséniste, reste unie au Saint-Siège en sauvant son indépendance et son unité. Richelieu a obtenu, là encore, la récompense de son habile sagesse et de sa clairvoyante modération.
Politique de prudence et de modération.
Il est donc bien évident que les difficultés qui pouvaient menacer les bonnes relations avec le Saint-Siège n'avaient pas leur origine dans une faute ou une erreur de la France. Les débats mêmes du Concile en témoignent : ses interminables discussions sont encombrées de revendications politiques et embrumées d'une atmosphère d'intrigue, émanant des États qui se disent spécialement chargés de la défense du catholicisme.
Rome avait dû, en effet, convoquer aux séances du Concile les principaux États européens, l'Empire, la France, l'Espagne, etc. On assista alors à un travail politique insuffisamment relevé par l'histoire : l'Empire surtout et l'Espagne, indirectement par ses lenteurs calculées, appuyèrent devant le Concile les thèses luthériennes, par exemple le calice (c'est-à-dire la communion sous les deux espèces), le mariage des prêtres, l'abolition des images, la prolongation du Concile avec menace d'un échec final; l'Espagne surtout manœuvrait pour obtenir ce dernier résultat, n'ayant d'autre vue manifeste que de faire du Concile l'instrument de sa politique contre la France. Quant à l'Empire, lié à l'Espagne depuis le temps de Charles-Quint pour encercler la France, s'il soutenait' avec tant d'ardeur les revendications luthériennes, c'est qu'il y voyait un moyen de rallier à son autorité chancelante les protestants d'Allemagne.
Seules, la longanimité, la patience, la sagesse du Souverain Pontife et de son conseiller le plus écouté, saint Charles Borromée, permirent au Concile d'aboutir à la haute et sage réforme qui sauva le catholicisme en se dégageant, autant qu'on le pouvait, de la querelle politique du siècle.