V 230 LE PLUS CLAIRVOYANT DES HOMMES D'ÉTAT
séculaire des libertés de l'Église gallicane et de la Couronne.
Rome avait, pour son propre salut, signé le pacte de concorde avec le roi François I«r. Même au cours des sessions du Concile de Trente, ces libertés françaises avaient été à maintes reprises affirmées, sinon reconnues. Il est vrai que, maniées comme une arme par les légistes et par les partisans du gallicanisme parlementaire, elles s'étaient envenimées parfois jusqu'à faire courir au Royaume le péril du schisme; la France raisonneuse des parlementaires et même une partie du corps épiscopal s'attachaient aux idées qui devaient se formuler dans le richérisme et inspirer tout le siècle jusqu'à l'Assemblée de 1682.
Mais justement, n'était-il point de la sagesse royale de ne pas s'enfermer dans es formules extrêmes et de poursuivre à Rome une politique de prudence et de modération? Cette politique, une fois encore, sauverait le catholicisme français d'une rupture qui serait l'anéantissement du catholicisme lui-même, car Rome subordonnée à une politique de conquête, c'était Rome désuniversalisée, déchristianisée. Et voilà justement l'issue fatale, menaçante et à laquelle entendait parer le plus clairvoyant des hommes d'État qu'ait eus la France, Richelieu.
Un Pape lettré , ami de la France et de Richelieu.
Richelieu, qu'Henri IV appelait « son évêque », avait été nourri dans ces maximes : défendre l'unité royale française, gallicane et royale, c'était défendre la rehgion, la civilisation chrétienne. De telles maximes devaient se confirmer en lui du fait de ses réflexions de son expérience et des difficultés de toutes sortes dont il était entouré.
Au moment même où son ministère, dont la durée était déj^ longue, et qui se trouvait engagé dans de si nombreuses et si redoutables affaires, était en proie à des rivalités de famille intéressant le sort même de la Couronne, au moment où il était. attaqué par une polémique implacable, travaillant les esprits pour les porter vers la cause espagnole et lorraine, c'est-à-dire vers le danger même que la France avait couru avant l'avènement de Henri IV,