‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 194 sur 367 · LES DROITS DU SAINT-SIÈGE ET CEUX DU ROI · texte numérisé non relu

LES DROITS DU SAINT-SIÈGE ET CEUX DU ROI

il s'attachait avec une force invincible, à la procédure française, qui cherchait la juste balance entre les droits du Saint-Siège et les droits du Roi. Cette politique, il l'exposa avec une clarté pénétrante dans une page de son Testament politique : « Si les Rois, dit-il, sont obligés de respecter la tiare des Souverains Pontifes, ils le sont aussi de conserver la puissance de leur Couronne, mais il n'y a pas plus de difficultés de bien distinguer l'étendue et la subordination de ces deux puissances. En telle matière, il ne faut croire ni les gens du Palais, ni ceux qui, par un excès de zèle indiscret, se rendent ouvertement partisans de Rome. La raison veut qu'on entende les uns et les autres pour résoudre ensuite la difficulté par des personnes si doctes qu'elles ne puissent se tromper par ignorance, et si sincères que ni les intérêts de l'État, ni ceux de Rome ne les puissent emporter contre la raison (1). » Ajoutons qu'au même moment, et selon sa manière forte et résolue, le cardinal écrivait à ses familiers, les Bouthillier : « Les grandes affaires n'ont jamais été sans grandes difficultés et jamais on ne les a fait réussir sans une extraordinaire résolution et opiniâtreté à surmonter les obstacles qui s'y rencontrent; d'où nécessité d'une rigueur implacable. » Et encore : « Pour gouverner des États, conduire et maintenir des armées avec discipline, il faut avoir une certaine vertu mâle qui ne se trouve pas aux hommes communs, sans laquelle, toutefois, ni les États, ni les armées ne peuvent être bien gouvernés ni conservés en leur entier... Il faut, en telles occasions, pratiquer vertement ce que les préceptes de la politique font connaître être du tout nécessaire et ce que les maximes de la théologie enseignent être permis (2). »

Il usait de la permission. La rigueur à l'encontre des agents de la politique espagnole en France paraissait un peu verte de la part de sa robe rouge; mais sa volonté mâle^ dans une crise pareille, était la seule qui convint au salut du Royaume et du Roi.

Le courant de l'opinion, ou plutôt la manœuvre de l'opposition qui se réclamait de l'autorité pontificale, nous l'avons vue en action dans l'affaire du Sanctarel; nous l'avons vue inspirer la pression

(1) Testament politique, édition Foncemagne, 1764, in-8°, page 166.

(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome V, page 282, et pages 334-335.

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