‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 195 sur 367 · LA MANŒUVRE DE L'OPPOSITION · texte numérisé non relu

LA MANŒUVRE DE L'OPPOSITION

exercée sur le Roi par le Jésuite Caussin,se servant de son influence sur M^^e de La Fayette. C'est elle qui avait poussé Marie de Médicis et les Marillac à rompre avec la volonté royale, en exploitant les ambitions de Gaston de France. Heureusement il n'y avait pas seulement, dans le monde catholique, des partisans de l'Espagne, des polémistes hostiles à la France, des théologiens excités, soit Jésuites, soit jansénistes, il y avait au-dessus de tous, le Saint- Siège; il y avait le Pape.

Le Pape était alors Urbain VIII (Barberini); il régna de 1623 à 1644; son pontificat couvrit les dix-huit années durant lesquelles Richelieu fut ministre.

Il n'est pas sans intérêt de savoir comment la figure d'Urbain VIII se dessinait aux yeux de ses contemporains à l'heure même où il coiffait la tiare. Nous avons entre les mains, à ce sujet, un document sans prix, c'est la relation adressée, en 1623, au Sénat de Venise par l'ambassadeur Renier Zeno, successeur du « cavalière Lorenzo, en attendant qu'il fût remplacé lui-même par Contarini (1). »

En quelques traits empruntés à cette belle page historique, nous dirons ce qu'était l'homme que le conclave avait choisi pour remplacer le vieux et débile Grégoire XV.

Agé de cinquante-six ans et doué d'une excellente santé, — ce qui avait décidé le conclave à le nommer, — le nouveau Pape est un prince « d'aspect vénérable, de taille haute, de teint olivâtre, de traits nobles, de poil noir, commençant à grisonner, d'une démarche alerte et vraiment seigneuriale, avec, quand il parle, des gestes et des mouvements du corps heureux (2); révélant sa pratique de la vie, son expérience des hommes... Il a toujours montré du goût pour la poésie et n'en est pas entièrement éloigné, même par les soucis des affaires ni par des occupations plus sérieuses; pareillement de toutes les humanités, il les favorise autant qu'il peut... Ainsi

(1) Une copie manuscrite de cette relation est dans les archives de M. G. Hanotaux. Elle a été publiée, d'après le manuscrit du Musée Correr, par Barozzi et Berchet, dan>< Relazioni-Jtalia, tome III, page 136. Édition Venise, 1879, in-S".

(2) Le poète Maynard, dans une de ces lettres familières, écrit de Rome : « Le Pape se porte bien et les vieux cardinaux sont malades, depuis qu'ils le voient monter à cheval avec la disposition d'un joune homme qui voltige sur un cheval de bois. » Œuvres poétiques de Maynard, édit. Lemerre, tome I, page xvii.

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