UNE FURIEUSE TEMPÊTE
vingt et un bvùlots et douze flûtes, chargées d'artifice et d'infanterie « pour les descentes ». Ayant quitté, le 18 mai, la rade de Saint- Martin-de-Ré, elle avait été retenue à Belle-Iïe jusqu'au 1" juin par « un sud-ouest contraire à sa route » et elle était arrivée, le 8, en vue de La Corogne. Le cardinal ne s'était pas trompé, lorsque, le !*''■ mai, il avait donné cet avis à Sourdis : « L'Espagne est en grand étonnement de votre armement, toute la côte est en une terrible crainte (1). » Trente-cinq vaisseaux de guerre espagnols, qui mouillaient devant la baie de La Corogne, ne se hasardèrent point à attendre la flotte du Roi. Ils se réfugièrent dans la baie, qui était défendue par trois puissants forts et soixante pièces de canon, sans compter six cents mousquetaires, que l'on espérait pouvoir envoyer en Flandre par mer. Puis l'entrée fut fermée « par une estacade de barques, bateaux et pièces de bois fortement liés, laquelle était flanquée du canDn des forts et gardée par six frégates de Dunkerque, plusieurs pinasses et doubles chaloupes, armées et soutenues de quelques-uns des plus grands vaisseaux ». Il fallut se contenter d'une simple escarmouche. « Impossible de forcer les Espagnols chez eux. Impossible de piquer d'honneur l'amiral, à qui M. de Sourdis avoit envoyé une lettre par un vaisseau anglais, pensant l'obliger au combat, s'il sortait en mer. » L'on tenta quelque descente, mais l'on apprit que don Antonio de Oquendo était posté sur la rivière de Suaso, avec vingt-cinq vaisseaux de guerre. Sourdis dut se résigner à rebrousser chemin, tout en longeant et en incommodant la côte d'Espagne, pour contraindre les ennemis à venir la défendre. Rien ne put les tirer de leurs ports. Lorsque la flotte revint à Belle-Ile le 28 juin, elle avait essuyé une si furieuse tempête, que presque tous les bâtiments se trouvaient démâtés et que, durant près de quarante jours, aucun d'eux, selon le mot de Sourdis, « ne put mettre le nez dehors (2). »
Le même Sourdis fit demander au cardinal par M. du Ménillet s'il devrait appuyer, avec sa flotte remise en état, un nouveau siège de Fontarabie. Richelieu répondit que l'absence de Monsieur le Prince ne permettait pas d'entreprendre ce siège cette année.
(1) Eugène Sue, Correspondance de Sourdis, tome II, page 107.
(2) Ibidem, page 118.