UN CROYANT SINCÈRE ET RÉFLÉCHI
reconnaître la profondeur du sentiment chrétien chez ces hommes soit contemporains, soit disciples de « ce grand cardinal », comme disait Colbert, Richelieu?
Prince de l'Église, croyant sincère et réfléchi dans son livre De la Perfection du Chrétien, Richelieu nous dit le mot suprême de sa conscience religieuse en même temps que sa pensée au sujet des rapports entre l'Église et l'État.
Voici donc sa doctrine, son système : appuyant sa conviction sur l'intuition du principe divin, inspiré à l'homme par le simple fait que la vie lui est donnée, il dit avec saint Augustin : « Au commencement le Verbe étoit : voilà ce que Marie écoutoit (c'est-à-dire la méditation) et le Verbe s'est fait chair : voilà celui que Marthe servoit (1). »
Et dans tout le cours de l'ouvrage, l'homme d'action, le chef prédestiné se manifeste : « Jésus-Christ n'étant venu en ce monde que pour travailler au profit et pour le salut de l'homme, non seulement par les fatigues de sa vie, mais par les peines de sa mort, il est certain que celui qui fait semblable vie aux mêmes fins, lui sera plus agréable que celui qui s'emploiera constamment à la contemplation, s'il n'y est appelé par une vocation très spéciale ou par les devoirs de sa condition... Ceux que Notre-Seigneur a choisis pour travailler à sa vigne n'ont reçu d'autre ordre que de s'y employer diligemment, auquel cas seulement il leur promet récompense... De ce que nous avons dit, il faut conclure que les œuvres étant la meilleure preuve de l'amour, s'il est vrai que celui qui a plus d'amour a le plus de perfection et de mérite en ce monde, il est certain que la vie de ceux qui font meilleures œuvres est plus parfaite et plus méritoire »
C'est donc, l'amour, l'amour de Dieu, l'obéissance à Dieu et l'imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui détermine la volonté d'action chez le cardinal, ministre du roi de France. Il retrouve les mêmes sentiments, les mêmes expressions qui furent inspirées à François de Sales, quand celui-ci, dès les premières pages de son Traité de V Amour de Dieu, déclarait que, « pour la beauté de la
(1) Pages 352 et suivantes.