LES DEUX PARTIS QUI DIVISENT LE MONDE CATHOLIQUE
« Catholique » et « d'État ».
Mais voilà qu'un changement profond, une complication grave se produit dans les faits et dans les intentions. La politique pacifique du Pape se heurte, en Europe, aux exigences des deux partis qui divisent le monde catholique et qui se disputent sa faveur. Ainsi qu'on l'a vu, c'est en Italie que s'est produit le conflit initial à propos des affaires de la Valteline et de la succession de Mantoue. La France s'est trouvée dans la nécessité de prendre position, puisque c'est elle qui est sous la menace de l'encerclement austroespagnol. Situation terrible et à laquelle elle fut si souvent en butte au cours de son histoire. La Savoie joue alors entre les deux forces rivales ce double jeu qui complique si dangereusement la position de la péninsule, toujours exposée, toujours menacée par la terre et par la mer dans sa séculaire faiblesse.
Richelieu a hésité longtemps avant de manifester, par les paroles officielles et surtout par des actes qui engagent, la politique vers laquelle il se sent porté. Nous l'avons vu, durant les années 1625- 1630, tourner, en quelque sorte, autour de la question posée à l'égard de Rome par le Catholique (TÉtat. Faut-il être catholique, ou fautil être d'État ?... Il sera, tout ensemble « catholique » et « d'État ». Mais les passions intérieures, les dangers extérieurs lui permettrontils de maintenir cette si difficile "balance?
Jusqu'à la prise de La Rochelle, ses démarches n'ont été de toutes parts, que de lentes approches; il a tâté le terrain, il a consulté; il s'est consulté; à diverses reprises, il a eu des entretiens, sur les choses d'Italie, avec un émissaire du Saint-Siège qui sait sans doute le secret, qui, en tout cas, le suggère en l'imaginant, — on pourrait presque dire le Père Joseph de Rome^ — Jules Mazarin. Avec celui-ci il a parlé, écouté, on se comprend à demi mot, on se mesure sans s'engager. Diplomatie française, Richelieu a tourné les yeux d'abord vers l'Angleterre et il a conseillé le mariage d'Henriette-Marie, fille d'Henri IV avec Charles, héritier du Trône. Mais le Soubise et le Buckingham se sont chargés de dissiper ses illusions, s'il en eut.