LE PARTI « CATHOLIQUE » EN EUROPE
Quant à l'Allemagne, elle est, comme elle a toujours été pour la France, le grand souci. La voilà en pleine guerre de Trente ans. N'est-elle pas toujours en guerre, au besoin contre elle-même et jusque dans la paix? Nord contre midi, protestants contre catholiques? Là aussi, Richelieu aurait l'intention de maintenir la balance, il voudrait ne rompre ni avec les protestants qui tiennent en échec les ambitions de l'Empire, ni avec les catholiques dont il défendra nettement et énergiquement l'indépendance et la religion. Selon les conseils des Français, il serait enchn à chercher un moyen terme et un concours auprès de la catholique Bavière, mais la Bavière est insaisissable, toujours prompte à « changer de ristourne ».
Le parti « catholique » en Europe, c'est l'Espagne, l'Espagne maîtresse de l'Italie, bénéficiaire des galions d'Amérique. En manigançant au temps de la régence « les mariages espagnols », l'Espagne a prétendu saisir la main de la France : mais elle n'a jamais voulu donner la sienne. Il est vrai qu'elle a envoyé une flotte devant La Rochelle, mais cette flotte n'a pas tiré un coup de canon. Catholique, elle a toujours un sourire et un ducat pour les protestants des autres pays,
La prise de La Rochelle a donné à la France et au ministre vainqueur une situation unique en Europe. Il est assuré de la faveur du Roi et de l'audience du monde. Olivarès a vu Richelieu se saisir de cette autorité et de cette sécurité à laquelle il aspire lui-même. Toutes les inquiétudes, toutes les jalousies intérieures et extérieures sont, du fait de cette situation unique, à l'alerte contre notre, cardinal impassible, quoique très nerveux. L'Espagne, en premier lieu, et l'Autriche à sa suite, établissent leurs batteries : échec de la paix de Monçon, échec de la mission de Bautru à Madrid, échec des négociations de Ratisbonne, intrigues à la cour de Louis XIII, mobilisation sur la frontière du nord et sur toutes les frontières communes. Dès 1629, Richelieu est mis au pied du mur. Et ces choses d'Italie qui intéressent Rome au premier chef vont le forcer à se prononcer. Observons tout de suite que le trouble et la hâte qui vont précipiter vers un choc les grandes affaires européennes ont leurs origines dans les ambitions de la maison de Savoie. Les docu-