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LE PAPE VEUT EMPÊCHER UNE GUERRE EUROPÉENNE

ments extraits des archives de Turin et publiés par Victor Cousin, dans sa belle étude sur la jeunesse de Mazarin, ne laissent aucun doute à ce sujet. Le duc de Savoie et son fils le prince de Piémont, à la faveur de la double crise qui se produit en Italie, d'une part les revendications des passages de la Valteline et d'autre part la succession de Mantoue, ont mis face à face la France et l'Espagne et les ont poussées au bord de la rupture et de la guerre.

C'est alors que le Saint-Siège, en présence du péril qui menace l'Italie et qui peut entraîner une guerre européenne, fait un effort désespéré pour empêcher la terrible suite qu'appréhendent les deux partis, la guerre. Le Pape a chargé de cette négociation délicate d'abord son nonce, envoyé sur les lieux à Bologne, Panzirolo, puis son propre neveu Antoine Barberini, l'un et l'autre ayant pour conseiller et pour émissaire actif le jeune confident de la pensée du Pape, Jules Mazarin.

Nous avons dit ci-dessus comment Richelieu, pour obtenir un règlement satisfaisant de l'affaire de la Valteline, avait franchi le pas de Suse et imposé au duc de Savoie un arrangement dont celui-ci ne cherchait qu'à se dégager (1). Mais la présence en Italie d'une armée française, commandée par le duc de Créqui, avait provoqué naturellement le renforcement d'une armée espagnole commandée par le fameux Spinola et la constitution, sur la frontière vénitienne, d'une armée impériale, commandée par Collalto. Si la France ne se montrait pas décidée à tenir bon et à mener les choses, le cas échéant, jusqu'à la guerre, elle courait le risque d'être chassée d'Italie et envahie par toutes ses frontières; le duc de Nevers perdait Mantoue; la Valteline devenait une route espagnole.

Par une décision dont on ne sait ce qu'il faut admirer le plus, la pensée ou l'exécution, Richelieu donne à La Force et à Créqui l'ordre de s'emparer de Pignerol, ville de Piémont, forteresse qui lui ouvre à jamais les portes de l'Italie et qui lui permet de brider les ambitions traîtresses du duc de Savoie. Un si beau succès, obtenu sans coup férir, a mis aux champs tous les adversaires de la France. Le Pape, talonné par son entourage espagnol, donne pour instruction

(1) Ci-dessus, Histoire du Cardinal de Richelieu, tome III, pages 234-244.

•J18 LA FORCE ET DE CFU^Qll S'EMPARENT DE PIGNEROL

à ses diplomates de faire la plus énergique pression sur la cour de France. Ces agents devaient réclamer la remise de Pignerol et, en môme temps, exiger que fussent continuées les négociations qui traînaient depuis des mois, et dont le retard voulu par Madrid et Vienne, présentait pour la France un danger vital. Le Roi Catholique et l'Empereur espéraient, grâce à ces lenteurs, obtenir des délais qui leur permettraient de masser leurs troupes dans la haute Italie. Ainsi de concert avec la Savoie, on faisait perdre à la France, l'avantage de la situation qu'elle s'était acquise sur la frontière franco-italienne.

Richelieu alors, parti de Pignerol le 2 mai, ayant occupé presque toute la Savoie et donné l'ordre au duc de Guise d'occuper le comté de Nice, vient retrouver Louis XIII à Grenoble. Il y tient, en présence du Roi, un conseil où l'on prendra les grandes et définitives résolutions (l).Sans doute, c'est en vue de ce conseil qu'il a remis au Roi le mémoire rédigé à Pignerol « (Étant éloigné comme je suis) » que vient de publier M. Pajès et où les raisons qui déterminent le cardinal et qui engageront la France, sont exposées avec clarté et force.

(1) Voir Mémoires du Cardinal de Richelieu, édition Petitot, tome VI, page 112.

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