‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 211 sur 367 · L'UNITÉ INTELLECTUELLE · texte numérisé non relu

L'UNITÉ INTELLECTUELLE

teries de ceux qui font profession de savoir plus qu'ils ne savent... »

Tel était le dédain de l'homme de bon sens pour le pédantisme de ces maîtres qu'Henry Estienne, dès le siècle précédent, appelait les Druydes.

Descartes n'aspire qu'à ceci : voir les choses et les gens tels qu'ils sont dans le présent, exprimer sa pensée en toute simplicité et telle qu'elle lui vient. — « Sitôt, dit-il, que l'âge me permit de sortir de la sujétion de mes précepteurs, je quittai entièrement l'étude des lettres et, me résolvant de ne chercher plus d'autre science que celle qui se pourroit trouver en moi-même ou bien dans le grand livre du monde, j'employois le reste de ma jeunesse à voyager, à voir des cours, des armées », etc.

« Des cours, des armées», c'était l'affaire de Richelieu. Sa volonté et son expérience étaient mûries; son opinion était faite sur la vie, sur les hommes et sur l'action. Restaient les choses de l'esprit, l'art d'exprimer sa pensée, de parler, de convaincre. Conseiller éminent du pouvoir royal, prélat consacré, législateur, orateur, s'occuperait-il des règles de cet art et les soumettrait-il à l'exercice de l'autorité royale?... Sa grande préoccupation avait toujours été le problème de l'unité nationale. C'était, d'ailleurs, de tout temps, la grande affaire du peuple français. Ce peuple n'avait-il pas prouvé, au cours de son histoire, qu'il avait une claire conscience de son développement physique, social, moral, et n'avait-il pas toujours cherché un moyen de rendre avec clarté et exactitude les manifestations de la vie commune? Car, à la réalisation de cette unité, non seulement nationale, mais intellectuelle, la diversité, l'instabilité des langues avait été l'un des principaux obstacles. Les Français se savaient France; mais, d'une province à l'autre, ils ne se comprenaient pas, ou se comprenaient mal.

L'histoire mieux connue des origines de la langue française a éclairé, pour notre temps, la nature et la difficulté du problème ainsi que les étapes de l'entreprise poursuivie, le long des siècles,, pour le résoudre. L'époque de Richelieu n'avait à ce sujet que de vagues aperçus; on ne savait rien, ni sur les langues originaires : le gaélique, le celtique, le bas latin ou roman, le tudesque, etc., ni sur la succession ou la coexistence de plusieurs langues, mortes

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