‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 213 sur 367 · LA LANGUE NAISSANTE · texte numérisé non relu

LA LANGUE NAISSANTE

neur de la langue, c'était, d'ores et déjà, un culte, une religion (dont il nous reste, d'ailleurs, quelque chose) et où la foi s'accompagnait d'une grande espérance et d'une émouvante charité. Les meilleurs enseignaient, distribuaient la manne aux écoliers mendiants des Universités et des collèges; et partout la volonté d'une telle largesse s'affirmait; et par tous elle était reçue comme un bienfait.

Les écrivains de la littérature française naissante avaient pris l'aiïaire en mains. La France, pour remplir la mission sacrée qui lui était dévolue, de répandre la religion du Christ, de former une Europe totale, de susciter les Croisades et de répandre au loin « la matière de France », — la France « terre majeure », — reprenait avec une fidélité inlassable, en sa langue propre, sa « geste » et la leçon des aïeux.

Les écrivains peu à peu se mettaient à écrire dans cette langue naissante. Clovis était à peine roi de France que les premières Chroniques narraient, en un latin évolué et déjà bien différent de la langue de Cicéron, les premiers faits de notre histoire. Quand, au temps de Charles le Chauve, l'Empire qui avait été celui de Charlemagne se partageait, quand la France se trouvait constituée en sa nationalité propre, le premier document qui l'établit comme telle, le fameux « Serment de Strasbourg », fut le texte initial de la langue nouvelle, le français. Ainsi la politique, lec mœurs, la loi se mettaient simultanément à la chaîne du travail qui créait, par la langue, le pays.

Le début des lettres fraxiçaises.

Les Croisades furent une épopée à la fois nationale et européenne. Or ce sont les Croisades qui inspirèrent la première œuvre littéraire en français : la Chronique de la Conquête de Cônstantinople par les Francs. La Chronique a pour auteur le maréchal de Champagne et de Romanie Villehardouin. Voici quelques lignes de ce texte véritablement homérique de cette première langue littéraire avec l'accent, viril et héroïque qui donnera au monde la première idée du génie français. Il s'agit de l'assaut qui, d'un magnifique élan, enleva Cônstantinople : « Quand ce virent li chevalier qui estoient es vis-

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