‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 214 sur 367 · VILLEHARDOUIN ET JOINVILLE · texte numérisé non relu

VILLEHARDOUIN ET JOINVILLE

siers (1) s'en issent (2) à la terre et drecent (3) eschiele à plan del mur et montent contres le mur par fort et conquirent bien quatre des tors (4); et il comencent à assaillir des nés et des vissiers et des gabies (5), qui ainz ainz qui mielz mielz (6) et dépècent bien trois des portes et entrent enz (7) ; et comencent à monter et chevauchent droit à l'herberge (8) l'Empereur; et il avoit ses batailles rangées devant ses tentes. Et com il voient venir les chevaliers achevai, si se desfissent (9); et s'en va l'Empereur fuiant par les rues et chastel de Boukelion. Lors veissiers Grifîons abatre te chevaux gaeigner et palefroi et mules et autres avoir. Là ot tant de mors et des navrez qu'il n'en eu ne fins ne mesure (10). »

Un siècle ne sera pas écoulé que Joinville dessinera les traits émouvants de la Royauté française dans un langage de toute noblesse et simplicité; et la figure du saint Roi se trouve ainsi inscrite à jamais dans l'histoire de la civilisation. Tel chef, tel pays, telle langue. C'est la France-Chrétienté. Cœur et cerveau, volonté, foi et sacrifice sont unis pour l'action. La France est formée aux xii^ et xiii^ siècles. Elle a dit les chansons de geste; elle bâtit les cathédrales; elle colonise les terres voisines : Angleterre, Germanie, pays du Nord; elle sauve la civilisation et la chrétienté en barrant, une fois pour toutes, la route aux invasions musulmanes.

Or, en même temps, sa langue s'est formée et elle a conquis, au fur et à mesure, tout ce qui veut apprendre, savoir, penser en Europe. Elle est si aisée, si simple, si claire qu'on peut dire qu'elle aurait été la plus belle des langues, si on ne l'avait transformée et un peu gâtée, par la suite. La théologie, les affaires, la poésie lyrique, le drame, les dits populaires, l'histoire, la doctrine philosophique, l'enseignement littéraire et scientifique produisent des chefs-d'œuvre dignes de l'avenir. La langue de France était ea

(1) sur les vaisseaux.

(2) s'en allèrent à terre.

(3) dressent.

(4) tours. — (5) galères.

(6) ' omme ils pouvaient de mieux en mieux.

(7) dedans. — (8) au logis. — (9) se séparèrent.

(10) Texte extrait de Buchon. Collection des Chroniques fraitçaises, 1828, Villehardouin, tome 1, pagp 96.

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