‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 217 sur 367 · DÉFENSE DE LA LANGUE VULGAIRE · texte numérisé non relu

DÉFENSE DE LA LANGUE VULGAIRE

L'instinct national et la langue frsinçaise.

Nous avons dit que cette formation définitive fut obtenue par un efîort de la volonté nationale : il y a lieu de préciser. La lutte s'engagea entre gens à latin et gens sans latin. Un instinct conscient s'attacha à la défense de la langue dite vulgaire contre la domination des langues mortes et contre l'invasion des lettres étrangères.

Aux deux maîtres de la pensée française de ce siècle, Rabelais et Montaigne, il appartint de dicter la manœuvre du combat engagé contre les deux adversaires, Rabelais d'abord, — ce Rabelais de toutes les audaces, de toutes les adresses et de toutes les simulations. Au début du cinquième livre de Pantagruel, publié en 1549' il se prononce, avec sa verve puissante, caricaturale, méprisante en sa vulgarité même, contre le pédantisme et il revendique les droits de la langue naturelle et populaire : « Par argumens non impertinens et raisons non refusables, je prouveray en barbe de je ne say quels centonifiques botteleurs de matières cent et cent fois grabelées, rapetasseurs de vieilles ferrailles latines, revendeurs de vieux mots latins, moisis et incertains, que notre langue vulgaire n'est tant vile, tant inepte, tant indigente et à mespriser qu'ils l'estiment. »

Et, un peu plus tard, notre Montaigne, avec son joli jugement qui touche au fleuret moucheté, se joue de la faveur extrême dont jouit l'Italie. Il ira voir lui-même comment les choses se présentent là-bas; et voici ce qu'il constate de visu, d'abord, la terre, le pays : « Nous avions (en approchant de Rome), louin sur nostre main gauche, l'Apennin, le prospect du païs mal plaisant, bossue, plein de profondes fendasses, incapable d'y recevoir nulle conduite de gens de guerre en ordonnance : le territoire nud sans arbres, une bonne partie stérile, le païs fort ouvert tout autour et plus de dix mille à la ronde et quasi tout de cette sorte, fort peu peuplé de maisons...» Et voici Rome: «Il disoit, écrit sous la dictée le secrétaire du voyage, qu'on ne voist rien de Rome que le ciel sous lequel elle avoit été assise et le plan de son gîte; que cette science qu'on en avoit étoit une science abstraite et de contemplation, de laquelle il n'y avoit rien qui tombât sous les sens... II disoit que les bâtiments

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