L'ORDONNANCE DE VILLERS-COTTÉRÊTS
de cette Rome bastarde qu'on aloit asteure attachant à ces masures, quoiqu'ils eussent de quoi ravir en admiration nos siècles présans (politesse oblige), lui faisoient ressouvenir proprement des nids que les moineaux et les corneilles vont suspendant en France aux voûtes et parois des églises que les huguenots viennent de démolir. Encore craignoit-il à voir l'espace qu'occupe ce tombeau qu^on ne le reconnut pas tout et que la sépulture en fût elle-même pour la plupart ensevelie. »
On voit, nul emballement; plutôt un certain parti pris d'ironie douce. Mais incontestablement, celui-ci, comme Rabelais, prend position pour la terre de France, pour la pensée française, pour le jugement et le style de la belle France.
En ce qui concerne la langue, la France n'a nul besoin des autres : elle n'a qu'à s'appuyer sur elle-même, se débrouiller chez elle, et par ses propres moyens. Il y a une élite d'hommes, qui ne sont pas des Druydes, qui entendent que ce peuple, avec ou sans latin, sache ce qu'il doit savoir, comprenne ce qu'on lui dit, accomplisse ce qu'on lui demande et fasse ce pour quoi on compte sur lui.
C'est par la loi que l'on commence. « Nul n'est censé ignorer la loi )), disent les légistes; et telle va être la ligne de conduite tracée par leur pratique comme s'imposant à tous les Français. Mais cette loi, pour que nul n'en ignore, on la leur dira non plus en latin, en français.
Le roi François I*^^, dominant son engouement italien, s'est, sous la pression desdits légistes, incliné devant cette nécessité i nationale et royale. Deux grandes mesures décident : l'ordonnance de Villers-Cotterêts prescrivant l'emploi du français dans tous les actes civils et judiciaires; ensuite la rédaction des Coutumes en français.
Il y avait sur le Lignon, dans le pays où se passe le fameux roman de VAstrce, une borne portant l'inscription : « Ici commence le domaine du droit romain. » Cette inscription était, à elle seule, une | négation de l'unité législative. Mais par la rédaction des Coutumes en langue française, la France déclare sa volonté d'être régie par elle-même. Et, comme conséquence, il est décidé que le droit cent ne sera plus reçu désornmis que comme une coutume.