‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 219 sur 367 · SEIGNEUR DE SA LANGUE · texte numérisé non relu

SEIGNEUR DE SA LANGUE

La même volonté veille sur tout le domaine de l'action et de la pensée : on traduit les œuvres de l'antiquité en français; et ce travail est présenté comme un hommage rendu au langage national. Le bon Amyot, dont Montaigne dira : « Nous autres ignorans, étions perdus si son livre ne nous eût relevés du bourbier », le bon Amyot explique, avec une parfaite bonne grâce, que sa traduction des Vies de Plutarque est formée des mots les plus doux, les plus propres, qui sonneront le mieux à l'oreille, puis s'accoutumeront en la bouche des biens-parlants, « étant les mots bien françois et non étrangers (1). »

Ramus, dont l'autorité s'imposa quand il eut publié, en 1572, sa Grammaire dédiée «à la Reyne mère du Roy », dicte la doctrine des défenseurs de la langue que l'on n'osera plus, désormais, appeler « vulgaire »; il écrit : « Le peuple est souverain seigneur de sa langue, et la tient comme un fief de franc aleu et n'en doit recognoissance à aucun seigneur; l'école de cette doctrine n'est point es auditoires des professeurs hébreux, grecs et latins en l'Université de Paris; elle est au Louvre, au Palais, aux Halles, en Grève, à la place Maubert. » Malherbe n'a qu'à venir.

Est-il nécessaire de le dire? Les pédants humanistes ne lâchèrent pas pied.

Premier éclat des lettres françaises.

Les nôtres se défendirent. En première ligne, les poètes. Avaientils besoin, comme ils le disent, de s'appuyer et de se grandir sur la gloire et les œuvres antiques et étrangères? Ou bien ne s'appliquaient-ils pas principalement à satisfaire à la fois les professeurs, les critiques, les entourages des reines Médicis, dont le suffrage leur était si précieux ou dont ils craignaient la critique? Ne se laissaient-ils pas aller à un penchant doux-coulant et facile à leur imagination débordante?

Il semble qu'il y ait eu, chez Ronsard en particulier, une sorte de jeu-parti, une rivalité, une course engagée avec Jean-Antoine de Baïf, qui, d'origine demi-italienne, lui avait appris assez tardivement

(1) Cité par Pélissier, Origines de la langue française, 1866, in-12, page 228.

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