‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 220 sur 367 · G0 L'ÉVOLUTION DE RONSARD · texte numérisé non relu

G0 L'ÉVOLUTION DE RONSARD

le grec et la vénération de l'antiquité et de l'Italie (1). Ce qui est

certain, c'est que les deux poètes, camarades du collège Coqueret,

élèves de Dorât (Aiiratus), restèrent attachés, non sans lutte, à

la faconde humaniste par le fait de leur propre volonté. Écoutons,

d'abord, le cri de guerre de celui qui devint le maître de la Pléiade,

Ronsard :

L'honneur sans plus du vert Laurier m'agrée,

Par lui, je hais le vulgaire odieux;

Voilà pourquoi Euterpe la sacrée

M'a, de mortel, fait compagnon des dieux.

L'Olympe! Euterpe, les dieux! le « Laurier »! Voilà ce qu'il faut

à ce chrétien! C'est sa « prière sur l'Acropole ». Ajoutons, d'ailleurs,

que son admirable génie, si naturel et si français, en dépit de son

éducation factice, le retiendra sur la rive gauloise. Suivons son

évolution, en feuilletant du doigt son œuvre immense, si variée,

si contrastée. Voici l'aspirant poète, dans toute l'ardeur de sa belle

jeunesse :

Aussitôt que la Muse eut enflé mon courage,

M'agitant brusquement d'une gentille rage.

Je sentis dans mon cœur un sang plus généreux,

Plus chaud et plus gaillard qui me fit amoureux.

A vingt ans, je choisis une belle maîtresse;

Je vis que du françois le langage trop bas

Se traînoit sans vertu, sans ordre ni compas.

Adonque pour hausser ma langue maternelle,

Indompté du labeur, je travaillai pour elle,

Je fis des mots nouveaux, je rappelai les vieux,

Je fis, d'autre façon qu'avoient fait les antiques,

Vocables composés et phrases poétiques,

Et mis la poésie en tel ordre qu'après.

Le François s'égala aux Romains et aux Grecs.

Puis c'est l'humanisme sacrifiant encore à tous les dieux périmés : 1

On dit que Jupiter, pour vanter sa puissance, '

Montrait un jour sa foudre et Mars montrait sa lance, Saturne sa grand faulx, Neptune ses grands eaux, Apollon son bel arc, Amour ses ti'aits jumeaux, Bacchus son beau vignoble et Cérès ses campagnes, Flores ses belles fleurs, le dieu Pan ses montagnes,

(1) Voyez le curieux détail de leurs travaux communs, diurnes et nocturnes, dan= Frémy, L'Académie des derniers Valois, 1887, in-8°, page 15.

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