‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 226 sur 367 · LA LANGUE DE LA POLITIQUE ET DE LA POLÉMIQUE · texte numérisé non relu

LA LANGUE DE LA POLITIQUE ET DE LA POLÉMIQUE

avoit jadis du bled en son grenier, du vin en sa cave; chacun avoit sa vaisselle d'argent et sa tapisserie et ses meubles... Maintenant, qui se peut vanter d'avoir de quoi vivre pour trois semaines, si ce ne sont les voleurs... Avons-nous pas consommé à peu près toutes nos provisions, vendu nos meubles, notre vaisselle, engagé jusqu'à nos habits pour vivoter bien chétivement? Où sont nos salles et nos chambres tant bien garnies, tant diaprées et tapissées; où sont nos festins et nos tables friandes? Nous voilà réduits au laict d'un fromage blanc comme les Suisses (1)... » Sauf l'orthographe de quelques mots, c'est la harangue d'un candidat du xx^ siècle lançant sa surenchère. La langue de la politique et de la polémique est faite. L'instinct national se manifestait encore en une autre chose : il lui fallait la critique, une troupe de gens qui ne s'en laissaient pas conter, décidés à lutter jusqu'au bout. Justement, c'est cette critique et cette énergie qui se dressent contre la clique des Valois et revendiquent l'unité nationale par l'avènement de Henri IV et le maintien de la religion catholique. Le groupe s'appelle lui-même les « bons François », et il parle le bon français.

L'éloquence, la haute et noble éloquence se met de la partie. Voici le grand orateur de la fm du xvi^ siècle, l'auteur du Traité de V éloquence française et des raisons pourquoi elle est restée si basse (2), Guillaume du Vair.

Ecoutons-le et nous saurons comment, dès lors, la conscience de l'honnête homme s'adressait à la franchise de France. Voici quelques lignes du discours que ce sage conseiller adressa, en décembre 1596, aux habitants de Marseille pour les rallier à la cause du roi Henri : « H se trouve toujours parmy les peuples des hommes pernicieux et désespérés qui, ayant dessein de bastir leur fortune de la ruyne de leur pays, vont flattant l'ignorant populaire et luy chatouillant les oreilles de ce doux nom de liberté. Le vulgaire imprudent, charmé de ce doux nom, autorisie les factieux et séditieux et les assiste pour renverser la puissance légitime du Prince et s'emparer du commandement, tant qu'étant fortifiés par le sang et le pillage de leurs citoyens, ils descendent aux médiocres et des

(1) Édition Le Duchat, 1711, tome I", page 109.

(2) Publié en 1595.

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