‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 228 sur 367 · BÉRULLE ET SAINT FRANÇOIS DE SALES · texte numérisé non relu

BÉRULLE ET SAINT FRANÇOIS DE SALES

petits restes de leurs exploits et petits éclats de leurs conquêtes. Car le théâtre de l'exercice de ces pauvres pêcheurs, c'est le rond de la terre; les bornes de leurs victoires sont les fins du monde, et leurs armes sont leurs simples paroles qui se répandent partout : en l'Orient, en l'Occident, au Septentrion et au Midi. Dans l'Asie, dans l'Afrique, dans l'Europe, leurs pas sont reconnus et comme adorés. Et ainsi d'un pôle à l'autre, et d'un soleil à l'autre, ils étendent et dilatent le nom, le sceptre et l'empire de Jésus avec l'étonnement et enfin avec l'obéissance de l'Empire romain. Et, pour marque de leur triomphe, Rome, la capitale de l'Empire romain, par la puissance de la croix, devient la capitale de l'Empire de Jésus (1). »

Et si l'on trouve, dans ce langage, quelque reste de rhétorique latine attardée, voyons comment la religion se fait entendre et comprendre par le commun des mortels sous la plume du saint le plus tendre, le plus adorable qu'aient connu les temps modernes : saint François de Sales. Dans V Introduction à la vie dévote, chapitre v. De V Humilité pour V extérieur, il s'exprime en ces termes, visant les grandeurs du monde : « Si nous sommes pointilleux pour les rangs, pour les séances, pour les titres, outre que nous exposons nos qualités à l'examen, à l'enquête, à la contradiction, nous les rendons viles et abjectes; car l'honneur qui est beau, étant reçu en don, devient vilain quand il est exigé, recherché et demandé... La poursuite et amour de la vertu commence à vous rendre vertueux. Mais la poursuite et amour des honneurs commence à nous rendre méprisables et vitupérables (2). »

Mais si la parole doit s'élever jusqu'au plus haut, au plus solennel des mystères chrétiens, celui de la grâce divine se penchant sur la désolation de l'âme humaine, ce maître de la candeur et de la simpUcité trouvera encore, dans la langue française à peine achevée, les accents d'un Père de l'Église : « Vrai Dieu, Théotime, quelle consolation de considérer la méthode sacrée avec laquelle le Saint-

(1) Discours de V État et des Grandeurs de Jésus, par le Père de Bérulle, imprimé pour la première fois en 1623; nouvelle édition, donnée par l'abbé Piquant, chez Siffre, in-8°, page 21. (Préface au Roi).

(2) Introduction à la Vie dévote, réimprimée d'après l'édition de 1619 par Fabius Henrion. In-8o, page 157.

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