‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 234 sur 367 · THÉOPHILE · texte numérisé non relu

THÉOPHILE

Né en 1591, à Clairac, il est du Midi et c'est un protestant converti. Engagé dans les milieux d'opposition frénétique, irréductible, il sera malheureux, le plus malheureux de tous. Les temps nouveaux qui se lèvent vont l'accabler. Il lutte, mais il n'est pas de force. Accusé, emprisonné, condamné au feu, banni, malade, il meurt en 1626, alors que, partisan du « style nouveau », ses débuts ont attiré l'attention de Malherbe. Son génie en fleur allait s'épanouir; sa langue était formée, si sa poésie s'attardait encore. Dans un morceau de lui, qui, publié après sa mort, n'est pas assez connu, il précise les règles qui doivent être celles des lettres françaises avec une netteté et une intelligence magistrales : « Il faut, dit-il, que le discours soit ferme; que le sens y soit naturel et facile; le langage exprès et signifiant : les afféteries ne sont que mollesse et qu'artifice qui ne se trouvent jamais sans effort et sans confusion. Ces larcins, qu'on appelle imitation des auteurs anciens, se doivent dire des ornements qui ne sont point à notre mode. Il faut écrire à la moderne. »

Paroles de grande portée (1).

Ses vers, publiés dans sa jeunesse, lui avaient fait une renommée et lui avaient suscité des envieux avant même qu'il eût jeté sa gourme. Il fut accusé sans preuves, mais non sans vraisemblance, d'avoir donné des vers « impies » au Cabinet satirique. Poursuivi, il fut, après un long emprisonnement, condamné au feu et n'y échappa que grâce à de puissantes interventions. La peine du bannissement le forçait néanmoins à quitter la France, lorsque la maladie l'enleva dans sa trente-sixième année... grand, s'il eût vécu!...

(1) M. Lachèvre a découvert un contemporain, un admirateur, un disciple de Théophile qui, en invoquant son exemple, se dictait à lui-même les règles du maître en des vers que voici :

Et sans rien emprunter de grec ni de latin,

D'hébreu ni d'espagnol, et moins de florentin.

Sans dérober d'autrui figure ni méthode.

Suivant mon sens commun je travaille à ma mode;

Je ne blàme personne et laisse en t'imitant

Chacun libre à parler du sujet qu'il entend. Ces vers seraient de l'auteur de la Satire du temps qui, d'après l'attribution nouvelle de M. Lachèvre dans l'un de ses savants livres. Glanes bibliographiques (tome I, page 62), serait un certain N. Besançon, qui a peut-être quelque parenté avec ce du Plessis-Besan- Çon, ingénieur, qu'employa Richelieu, et dont les Mémoires ont été publiés par la Société de l'Histoire de France.

Page 1