‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 235 sur 367 · MALHERBE ET THÉOPHILE · texte numérisé non relu

MALHERBE ET THÉOPHILE

Parmi les éditions de ses œuvres, celle de 1632 est présentée comme donnant « le recueil des pièces qu'il aurait faites, en prison, jusqu'à sa mort ». La préface est de lui; elle le montre plein de résolution, même d'audace. Il brave ses adversaires et se défend sans reculer d'un pas : « On a parlé de moi, écrit-il, comme d'un homme à périr pour exemple; sans que jamais l'Église ni le Palais aient repris ni mon discours, ni mes actions... Je me suis vanté d'avoir assez de vertu pour imputer à l'envie les médisances qui m'ont persécuté. Ces outrages ne m'ont point affligé l'esprit, ni détourné le train de la vie... Le Roi ne voit que des révoltés; Dieu n'entend que des impiétés; tout le siècle est maudit du Ciel et de la terre; les gens de lettres ne savent rien; la plupart des juges sont criminels; passer pour honnête homme, c'est ne l'être point. Dans ce rebours de toutes choses, j'ai de l'obligation à mes infamies qui, au vrai sens, se doivent expliquer par des faveurs de la renommée... »

Quel tableau de la France, à l'heure où Richelieu arrive au pouvoir! L'homme qui s'exprime ainsi, avec une âme si ardemment passionnée, fut-il imprudent? fut-il coupable (1)?

Malherbe goûtait les vers de Théophile. Combien l'époque, privée de beautés littéraires depuis la fm de la Pléiade, n'eût-elle pas été fière de ce poète, qui eût été peut-être le Malherbe de la tendresse et de l'émotion!

La poésie classique. — Malherbe.

Enfin, Malherbe vint! Malherbe! Cet homme fut le bon sens même, ni plus ni moins. Mais il fallait cela. Il faut toujours cela pour que la France soit la France. Malherbe est Normand, comme Corneille. Le siècle nouveau s'alignera entre ces deux Normands. Fait à remarquer : . Rouen surveille Paris. Malherbe taille à fond dans le verbiage des italianisants qui ont succédé à la Pléiade. Il émonde. Il a compris le mal du temps : trop de facilité; abondance stérile; trop de fleurs... sans fruits.

(1) Sur l'attitude de Théophile au point de vue de ses relations avec le pouvoir et sur le sentiment un peu ironique du cardinal, à son égard, voir Lettres de Richelieu, note de M. Avenei, tome VII, page 34.

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