‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 236 sur 367 · LE SYSTÈME DE MALHERBE 2«I · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME DE MALHERBE 2«I

La France le sentait bien, qu'elle s'égarait. Donc, elle se reprend, se modère elle-même. La lassitude des guerres de religion, la haine (le l'étranger envahisseur ont pour résultat l'avènement de Henri IV, ce Bourbon, protestant converti, ce fds de la race, vrai Français, un peu Gascon.

Rouen est reconquise sur les Ligueurs. Malherbe fait partie du royal butin.

On s'est attardé sur les détails du système qui fut celui de Malherbe : chasse aux allégories, aux inversions, nouvelles règles de la métrique, coupure des hémistiches, guerre aux rejets, cadence des strophes. Assurément, tout cela aura ses suites sur la tenue de la versification française; mais ce n'est pas ce qui détermine l'influence de Malherbe ni ce qui caractérise son génie.

Ce qui est lui, c'est son sens droit : nulle prétention, nulle affectation, nulle préciosité : simplicité, netteté, vigueur. Malherbe est un Français complet et que les erreurs et les malheurs de son temps ont averti. Il est un poète patriote, — ■ disons : un poète officiel. Sauf dans les vers de jeunesse, vous ne rencontrerez, chez lui, ni l'amoureux, ni le gracieux, ni le galantin, ni le pédant, ni le moraliste, ni le satirique, à peine le lyrique, quoi qu'on dise. Il est le chantre du Prince, de la Cour, des ministres, de la paix, de l'ordre, et, s'il s'adresse à des femmes, c'est en qualité de poète roijal, chantre des amours princières.

Quittant sa Normandie, il a vécu dans le Midi et connaît donc ses deux Frances. Il a subi la crise des dissensions et des conversions dans sa propre famille; il a souffert de la querelle des classes; il a été accablé par le drame des duels, qui a tué son fils.

Et ce sont ces émotions intimes qui ont réveillé en lui cette réaction du terroir qui remue la province quand elle sait se faire écouter par Paris : la volonté de l'ordre dans l'union, s'exprimant dans une langue comprise par tous, celle qui s'était retrouvée sur les lèvres d'Aubray dans la Satire Ménippée^ celle qui était sousjacente dans la dislocation de ce long xvi^ siècle, celle qui se retrouvait dans le parler populaire et qui jaillissait sur les lèvres du Roi au panache blanc.

Suivons donc, dans son œuvre, la ligne de ses sentiments, de

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