RACAN
la France, la France du bon sens, obéissant à une seule loi, parlant une seule langue, maîtresse chez elle, se réglant selon les règles de la raison et la mesure : une mesure, il est vrai un peu courte et rigide; il en sera ainsi jusque et y compris Boileau.
L'heure était sonnée; le courant entraînait tout, la génération se portait entière dans le même sens. Elle savait où elle allait.
Nous ne faisons pas ici une histoire des lettres françaises : nous essayons seulement d'analyser l'atmosphère qui régnait autour de Richelieu. Si Malherbe n'était pas venu, d'autres eussent pris sa place, donné l'exemple, dicté la loi. Lisons les vers du gentilhomme que l'on considère comme son disciple et qui savait bien, lui aussi, « son pain manger », Racan. Qu'y a-t-il de plus achevé, dans le legs du siècle, que cette Ode au Duc de Bellegarde, publiée en 1621?
Mais nos prospérités sont de courte durée;
II n'est point ici-bas de fortune assurée.
Elle changea bientôt nos plaisirs en douleurs,
Quand, durant une paix en délices féconde,
La Seine, par la naort du plus grand Roi du monde,
Vit rouler dans son lit moins de flots que de pleurs.
La langue de ce galant soldat n'est-elle pas pleine, pure, tout à fait formée? Et comment passer sous silence les Stances à la retraite^ écrites en 1618, pubhées en 1620?
O bienheureux celui qui peut de sa mémoire Effacer pour jamais ce vain espoir de gloire, Dont l'inutile soin traverse nos plaisirs, Et qui, loin, retiré de la foule importune. Vivant dans sa maison, content de sa fortune, A, selon son pouvoir, mesuré ses désirs!
On dit que Malherbe fut jaloux de la pièce Consolation à M. de
BeUegarde sur la mort de son fils. Elle est aussi belle, en effet, que-
le fameux : Ta douleur, du Perrier...
Il voit (du haut du ciel) ce que l'Olympe a de plus merveilleux:
Il y voit, à ses pieds, ces flambeaux orgueilleux
Qui tournent à leur gré la fortune et sa roue,
Et voit, comme fourmis, marcher nos légions
Dans ce petit amas de poussière et de boue
Dont notre vanité fait tant de régions.