RÉGNIER
Une telle magnificence du style n'a pas été dépassée, ni par le lyrisme du maître lui-même, ni par celui du siècle en ses meilleurs jours.
Et voici un autre serviteur de la langue qui n'est pas, tant s'en faut, un disciple de Malherbe, et qui le combattrait plutôt, mais qui n'en donne pas moins aux lettres françaises un autre accent, à savoir celui de la bonhomie, de la simplicité, — la vis comica, la belle humeur, tout ce qui était, en somme, dans le plein héritage gaulois. C'est Régnier : il prend la main de Rabelais et il la met dans celles de Molière et de La Fontaine. Chaîne qui ne se brisera pas. Il puise aux sources et y boit de l'eau fraîche à plein gosier; sa verve fouette « le poète de Cour », en le faisant parler :
Apprenons à mentir, nos propos déguiser,
A trahir nos amis, nos ennemis baiser,
Faire la cour aux grands et, dans leurs antichambres.
Le chapeau dans la main, nous tenir sur nos membres,
Sans oser ni cracher, ni tousser, ni s'asseoir.
Et, nous couchant au jour, leur donner le bonsoir;
Car, puisque la fortune aveuglément dispose
De tout, peut-être enfin aurons-nous quelque chose
Qui pourra détourner l'ingrate adversité?...
Ecoutons aussi les propos de la fameuse « Macette », cette « Tartuffe » en jupons, cinquante ans avant Molière :
Le péché que l'on cache est demi pardonné,
La faute seulement en gît en la défense;
Le scandale, l'opprobre est cause de l'offense.
Mais la bonté du Ciel nos offenses surpasse, Pourvu qu'on se confesse, on a toujours la grâce.
Rapprochez ces vers de ceux de Molière : c'est tout un.
Molière dira :
De l'amour sans scandale et du plaisir sans peur.