‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 244 sur 367 · VULGARITÉ DE CHARLES SOREL · texte numérisé non relu

VULGARITÉ DE CHARLES SOREL

publiée en 1632 (la deuxième édition, plus complète, en 1641), berne le pédant Hortensius, et tout le monde sait qu'il s'agit de Guez de Balzac. Hortensius aborde, dans la rue, un pauvre vielleur et lui demande en ces termes de jouer un air : « Oh! bonhomme, sonnez-moi le branle que les Lacédémoniens dansoient à leurs sacrifices ou la sarabande que jouoient les Curetés, ces Corybantes, emportant Jupiter hors du Louvre de Saturne, de peur qu ce grand goulu n'ouït crier ce petit enfant et ne le vint dévorer comme les autres. » « Le vielleur, qui n'entendoit non plus son langage que s'il eût parlé marjagat (sioux) ou huron, continuoit toujours le premier air de son ballet, de quoi Hortensius, en colère, le frappe plus ferme qu'auparavant, ce qui fait crier le vielleur en haute gamme. » Et le bon pédant, s'étant amouraché d'une jolie fille de la campagne, lui écrit une lettre « où il l'appelait : Médée, Mégère, Tésiphone. Il lui dit que, puisqu'elle ne vouloit pas être rose et se laisser cueillir par un nourrisson des Muses, qui avoit avalé plus d'un seau de l'Onde Aganipide, Phœbus la métamorphoserait en chardon afin qu'elle servit de pâture aux ânes, qu'elle voyoit bien par l'exemple de Jupiter qui s'étoit transformé en cygne... », etc. (1). Voilà du bon Balzac, n'est-il pas vrai? Mais ce n'est pas du bon français.

Sorel fut plus équitable par la suite, et, dans sa Bibliothèque française, rendit justice aux qualités du maître de la prose éloquente. Mais le mal était fait. Les deux gros in-folios de Balzac vieillirent soudain, refoulés à jamais au fond des bibliothèques savantes, non famihères.

L'âge classique n'est rien autre chose qu'un retour décisif vers la simplicité. On passe, d'abord, par des voies assez basses : le tombeur de Balzac, Charles Sorel, est considéré comme l'initiateur du roman de mœurs qu'on appelle réaliste. En fait, ses œuvres,

(1) Charles Sorel, Histoire comique de Francion; édition Delahaye, ia-12, pages 56 et suivantes. — Cf. Ch. Sorel, Bibliothèque française; édit. 1664, pages 84 et suivantes. — Il n'est pas inutile de rappeler pour mémoire que Pierre Louj's, incontestable connaisseur en bibliophilie et lettres françaises, a prétendu, sans pouvoir le démontrer, que Pierre Corneillo avait été à dix-huit ans l'auteur du Francion. De même, Pierre Louys s'est efforcé de démontrer que plusieurs des pièces de Molière avaient pour auteur Pierre Corneille. Voir la curieuse plaquette, publiée à petit nombre, par Frédéric I.achèvre : Broutilles, chez l'auteur, 1898, in-8".

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