‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 245 sur 367 · LE BURLESQUE · texte numérisé non relu

LE BURLESQUE

quoique dignes d'intérêt, sont gâtées par une imagination des plus vulgaires. Après le Page disgracié de Tristan l'Hermite, l'exemple de Sorel donne lieu à une école littéraire de très bas étage et quelque peu encore d'origine étrangère, le grotesque, le burlesque.

Chose invraisemblable, cette mode gagne même l'entourage des Précieuses. Leurs oreilles raffinées se prêtent à certaines grossièretés venant de la boue et du cabaret. Tolérances mutuelles dont les protagonistes furent les Scarron, les Scudéry, les Boisrobert d'une part, et même, avec quelque mesure, les Voiture, les Godeau, les Lingende d'autre part.

Quelles pouvaient bien être les réflexions d'un Richelieu quand, autour de lui, ces maladies intellectuelles sévissaient sur les doctrines, sur les mœurs et sur les lettres?

Reconnaissons qu'il s'en amusait parfois aux courtes heures de délassement que lui laissaient les grandes affaires; pouvait-il négliger tout à fait les contacts avec ce monde dont le concours lui était indispensable? C'était une règle de conduite qu'il s'était tracée à lui-même : « En la Cour, écrivait-il, c'est sagesse de tâcher d'éviter la haine de qui que ce soit, quand même on le devroit faire en relâchant de l'austérité qu'on doit avoir au bien (1). » Mais une telle complaisance ne l'engageait en rien : il réagira bientôt et, sous sa direction, le génie classique, avec la fermeté, la décision, la pureté, la simplicité, prendra la direction des esprits. Comment pouvait-on se gaudir longtemps, en effet, aux Stances qui figurent dans le Recueil des poésies de divers auteurs, publié en 1661? Comment le même public raffiné eût-il pu supporter des vers comme ceux sur « le tabouret » accordé par la Reine à une duchesse et sur la partie du corps dix fois nommée dans ces vers, qui allait étrenner le meuble officiel? Il eût donc fallu tout admettre : Scarron et son Virgile travesti, ses tristes gaudrioles, les plaisanteries triviales sur ses maladies, etc. Est-ce l'esprit du Grand Siècle qui dicte à Claude le Petit les cent strophes du Paris ridicule, avec des grossièretés devant lesquelles eût hésité Rabelais?

C'est entendu, il y a Voiture et ses charmants rondeaux; il y a

(1) Maximes cV État, publiées par Gabriel Hanotaux. Documents inédits, tome LXXIV, page 768.

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