‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 246 sur 367 · VOITURE · texte numérisé non relu

VOITURE

les sonnets de Job et d'Uranie ; il y a « les commodités de la conversation ». Mais Voiture déclamait bien aussi, devant ces dames soidisant platoniciennes, des vers comme ceux-ci, — nous citons les plus innocents, — pris dans son œuvre tout à fait au hasard (1) :

Pour nous saouler, il nous faut des perdreaux, Force pluviers et force cailletaux; Mais à cela je veux faire la nique Si nous n'avons la bisque magnifique A double front et triple chapiteaux.

Que l'entremets paraisse des plus beaux, Suivi des fruits entassés en morceaux; Car il nous faut une chère angélique Pour nous saouler.

• Nous y voulons contes et mots nouveaux, Chansons, dizains, ballades et rondeaux, Et quant et quant excellente musique.

Pour nous saouler (2).

Était-ce donc là le goût littéraire attendu par la France? Fautil, en vérité, aller le chercher dans le cabinet d'Arthénice, dans « les chambres bleues » de ces Femmes savantes^ de ces Précieuses qu'allait railler Molière? Mais, même à cette pucelle au froid visage, Julie d'Angennes, Voiture, ce platonicien essentiel, en disait de raides. En somme, la violence du tempérament frondeur piétinait avec ses bottes embourbées les fines broderies travaillées par l'affectation. Il fallait un maître.

Le siècle, rendu à l'ordre et aux grands devoirs, prenait conscience de son destin. Des honnêtes gens, des esprits vigoureux, des hommes de réflexion et de bonnes mœurs, des Alcestes, maîtres de leur sagesse et de leur jugement, se mettaient à l'œuvre, faisant de la littérature l'organe de la discipline nationale et d'une plus haute humanité.

(1) Consulter, sur Voiture, les recherches si précises, si curieuses de M. Emile Magno, Voilure ei Vhôlel de Rambouillet, 2 volumes, Paris, Emile Paul, 1930.

(2) Signalons aux gourmands et aux gourmets les strophes de l'Hôtel des Ragoûts, tome l", page 47, du Recueil de ICGl.

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