‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 248 sur 367 · DESCARTES ET LE LANGAGE · texte numérisé non relu

DESCARTES ET LE LANGAGE

L'homme qui écrit ces lignes est justement René Descartes. Il a trente-deux ans; si jeune, il unit déjà, en ces lignes trop peu connues, le problème de la langue à celui de la pensée; il prévoit ce que notre temps a appelé « la dictature de la persuasion », montrant « que le don de persuader confère en même temps la royauté ». Comme cela va loin!

Nous reviendrons, en suivant Descartes, sur la haute direction intellectuelle que la France va se donner à elle-même. Tenonsnous-en, pour le moment, au point de savoir si ces idées ont pénétré jusqu'à l'audience du ministre, Richelieu.

D'abord, quelques précisions techniques. Le commentateur de Descartes s'exprime ainsi : « Cette missive est une apologie des Lettres du sieur de Balzac (Paris, Toussaint du Bray, 1624, in-8, privilège du 3 mai, juste au moment où Richelieu devient premier ministre); elle est probablement adressée à un ami commun de Descartes et de Balzac, Jean de Silhon, qui présenta lui-même ces lettres de Balzac dans une préface adressée au cardinal de Richelieu. »

Descartes, vers le même temps, au cours d'une séance qui eut lieu en présence de deux prélats, Bagni, nonce du Pape, et Bérulle, fondateur de l'Oratoire, — séance qui frappa grandement son esprit et dont il évoque fréquemment le souvenir, — se trouva confirmé dans sa pensée de se consacrer entièrement à la philosophie. Il prend alors confiance en lui-même et se déclare. La séance dont il s'agit est de l'automne 1628. Descartes se trouvait donc alors en relations intellectuelles immédiates et en échange de vues profanes avec un groupe qui s'attachait à l'étude du problème du langage, comme il s'en occupait lui-même.

En mars 1630, dans une lettre adressée à son correspondant habituel, le Père Mersenne, il demanda «si M. de Balzac et M. de Silhon seroient, cet hiver, à Paris » (1); et, dans une autre lettre, adressée à son correspondant au cours de l'été de 1631 il disait : « Vous avez vu ces deux fruits de ma belle règle de Méthode naturelle., au

(1) Correspondance de Descartes, page 126. — La lettre par laquelle Descartes envole à Balzac le Discours de la méthode, lettre datée « de Hollande, ce 14 juin 1637 », a été publiée par Victor Cousin dans Fragments philosophiques. Édition Durand et Didier, in-8 1860, tome III, page 113.

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