L'INVENTION ADMIRABLE
Pierre de Brémond d'Ars travaille, en ce moment même, à son Traité de V éloquence. Ce traité est resté manuscrit, mais répondant à cette question : « Qui mérite le nom d'orateur? » il dit : Cest Vhomme de bien éloquent en qui la bonté des mœurs est présupposée à toute autre perfection (1). Bref, le groupe se présente en disant : « Nous sommes prêts. » Oui, le bon auteur, c'est « l'honnête homme » du xvii^ siècle, « l'homme généreux » de Descartes.
Mais d'où vient à Descartes ce tourment qui le porte d'un si puissant élan vers les problèmes de la langue?
Descartes, on le sait, a pris le parti de s'enfermer dans une vie, en quelque sorte cénobitique, pour laisser à ses facultés intimes le temps et la paix qui, par ime méditation aussi profonde que la prière, lui permettront d'accéder au grand secret des choses et des idées. N'est-ce pas comme une inspiration divine qui descend sur lui dans les trois songes qu'il eut, au cours de ses errances en Allemagne, et dont il a fait un récit tellement impressionnant? « Il nous apprend, dit son liistorien Baillet, que, le dixième de novembre mil six cent dix-neuf, s'étant couché, tout rempli de son enthousiasme et tout occupé de la pensée d'avoir trouvé, ce jour-là, les fondements de la Science admirable, il eut trois songes consécutifs en une seule nuit qu'il s'imagina ne pouvoir être venus que d'en haut... Il fut assez hardi, ajoute son historien, pour se persuader que c'étoit l'Esprit de Vérité qui avoit voulu lui ouvrir les trésors de toutes les sciences par ce songe. »
Juste un an après, le 11 novembre 1620, l'inspiration se manifeste de nouveau, et Descartes écrit sur ses notes : XI novernbre 1620, cœpi intelligere fundamentum Invenii mirabilis. « J'ai commencé à me saisir du fondement de l'Invention admirable. »
« L'Invention admirable », c'est V Unité foncière de la Science, c'est la Méthode pour arriver à cette haute intelligence qui unit la science terrestre à la foi céleste en ime même étreinte.
Et voilà justement ce que le découvreur de cette intelligence
(1) VÉloqwrnce, par P. de Brémond d'Ars, marquis de Mif;ré, lf)3'i-1653, publié par II. de Brémond d'Ars, Protat, Màcon, page 6. Pour les origines de l'Éloquence dans l'âge classique, voir encore le volume : Harangues sur toutes sortes de sujets avec l'art de composer, augmentée d'un grand nombre de préceptes, et l'Introdiicfion : De Vutilité de Véloquence, par Vaumorière, Paris, Guignard, in-4, IG'.t.'i.