‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 251 sur 367 · L'ŒUVRE MAGISTRALE DE BÉRULLE · texte numérisé non relu

L'ŒUVRE MAGISTRALE DE BÉRULLE

de l'Unique, par un pressentiment inouï, avait exposé, dès le 26 mars 1618, à son ami Beckmann : « Ce à quoi j'aspire, c'est à une Science, en quelque sorte nouvelle... nn ouvrage infini et qui ne peut être d'un seul, aussi incroyable qu'ambitieux; mais je ne sais quelle lumière éclaire pour moi ce chaos, dont je pense que, par ce concours, je pourrai pénétrer les noires ténèbres (1). »

Descartes a donc reçu le coup de foudre qui devait bientôt frapper Pascal et qui a frappé tant de hautes vocations. Pour dicter la loi de la raison à la nouvelle humanité, il fallait, sans doute, cette magnifique révélation, cet éclair, ce tonnerre qui a renversé l'apôtre saint Paul sur son chemin et que Dieu réserve aux temps qui, par leur aspiration, en sont dignes.

Descartes était, d'ores et déjà, entouré de disciples sentant qu'il naissait en lui quelque chose de grand. La présence du nonce Bagni, du futur cardinal de Bérulle, du Père Mersenne et des participants à ces hauts échanges intellectuels permet de déterminer le caractère de ces réunions à l'égard de la foi catholique, à savoir le sentiment du divin dans les choses humaines.

Bérulle, à ce même moment, publiait son œuvre magistrale. Discours de VÉtat et des grandeurs de Jésus^ et il s'adressait, en ces termes, à la France : « France honorable, vous étiez autrefois la gloire de la terre et les délices de l'Europe; splendide sur les autre provinces, comme un œil du monde, et, maintenant, je vous vois triste et désolée, sanglante et défigurée comme prête à mourir. Vous jetiez autrefois les rayons de votre puissance, les flammes de votre courage, les desseins de votre pitié jusques aux pays plus lointains et barbares... La funeste et infidèle hérésie, adultérant, avec le sens humain, l'ambition des grands, a ruiné et l'Etat et l'Eglise tout ensemble... Entrez en meilleures pensées, convertissez cette fureur brutale en une passion plus sainte; portez-vous à un genre de combat plus liumain, plus chrétien, combat d'esprits à esprits, en la recherche du salut. C'est au nom du Dieu des armées que nous vous parlons. Si les lois civiles ne se

(1) Les détails sur cette crise intellectuelle et morale abondent dans les ouvrages consacrés à Descartes. Nous, avons suivi surtout l'exposé de M. G. Cohen, dans son ouvrage d'une si belle érudition, Les Écrivains français en Hollande, pages 396 et suivantes.

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