‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 254 sur 367 · TROP DE COLLÈGES · texte numérisé non relu

TROP DE COLLÈGES

et le choix à faire entre le latin et le français, sa volonté de tlépédantiser l'intelligence française, il l'a établie on ne peut plus clairement. Il était opposé au monopole universitaire et, par conséquent, à la prédominance du latin. Le chapitre des Lettres, dans son Testament politique, va même au delà de ce qu'avaient pu réclamer les plus hardis novateurs parmi ses contemporains. Il écrit : « Si les Universités enseignoient seules, il seroit à craindre qu'elles revinssent avec le temps à l'ancien orgueil qu'elles ont eu autrefois qui pourroit être à l'avenir aussi préjudiciable qu'il l'a été par le passé. » Il admet, non sans quelque réserve, l'enseignement des Jésuites, — sorte d'enseignement libre, — en faisant observer que « l'émulation aiguisera la vertu des deux enseignements rivaux ».

Il met le pouvoir en garde contre le trop grand nombre des collèges, et, chose vraiment extraordinaire pour un homme de son temps, il se préoccupe de l'organisation d'un système d'enseignement en quelque sorte pratique et populaire offrant à la jeunesse, « outre les connaissances élémentaires dans les lettres et dans les sciences, une préparation utile au corps général de la nation ». Il écrit : « Comme la connaissance des lettres est tout à fait nécessaire en une République, il est certain qu'elles ne doivent pas être indifféremment enseignées à tout le monde; le commerce des lettres banniroit absolument celui de la marchandise qui comble les Etats de richesses; il ruineroit l'agriculture, vraie mère nourrice des peuples, et il déserteroit en peu de temps la pépinière des soldats qui s'élèvent plutôt dans la rudesse de l'ignorance que dans la politesse des sciences... C'est en cette considération que les politiques veulent, en un État bien réglé, plus de maîtres es arts mécaniques que de maîtres es arts libéraux pour enseigner les lettres. Il me semble, en effet, lorsque je considère le grand nombre de gens qui font profession d'enseigner les lettres et la multitude des enfants qu'on fait instruire, que je vois un nombre infini de malades qui, n'ayant d'autre but que de boire de l'eau pure et claire pour leur guérison, sont pressés d'une soif si déréglée que, recevant indifféremment toutes celles qui leur sont présentées, la plus grande partie en boit d'impure et souvent en des vaisseaux om-

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