‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 255 sur 367 · L' « ACADÉMIE » DE LA VILLE DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

L' « ACADÉMIE » DE LA VILLE DE RICHELIEU

poisonnés, ce qui augmente leur soif et leur mal, au lieu de soulager l'un et l'autre (1). »

Ces vues si hautes, — bonnes pour tous les temps, — sont exposées, par Richelieu, dans son Testament politique^ publié seulement après sa mort; mais il s'en était inspiré de son vivant, ainsi que nous avons eu l'occasion de l'indiquer déjà.

Quand il eut fini d'élever sa ville de Richelieu, en septembre 1640, il y créa une « Académie » destinée à entretenir le goût des études et des lettres. Or, à la cérémonie de la fondation, un jeune maître des Requêtes, qui avait toute sa confiance, Barin, vicomte de Rezé (2), fut chargé d'exposer le sentiment du cardinal sur les méthodes d'enseignement. Cette manifestation, en quelque sorte officielle, est un bel éloge de la langue française qui est déclarée « préférable à toute autre, et, en particulier, au grec et aa latin, même pour Vexpression de la philosophie ».

C'est exactement la pensée du groupe descartiste, et cela au moment même où le cardinal faisait attribuer une pension à Descartes : « La langue française, disait l'orateur, exprime les choses en Tordre qu'elles viennent à la pensée; la langue française est plus droite que les autres et plus uniforme en sa prononciation, et c'est pour cela qu'on l'appelle la langue des hommes (3), et elle est plus propre aux fonctions de raisonnement, qui doit être tranquille et sans agitation... N'est-ce pas une honte que, par la négligence de la langue vulgaire, nous parlons de beaucoup de choses en grec et en latin que nous pouvons exprimer en français? N'est-ce pas une injuste et insupportable servitude, une perte irréparable de consommer, à la recherche et à la discussion des mots qui ne sont

(1) Testament politique du cardinal de Richelieu. (Des Lettres, 2^ partie, section X.)

(2) J. Barin, sieur de La Galissonnière, père de M™^ Arnauld, dont parle Tallemant {Historiettes, édition Paulin Paris, tome II, page 166, etc.)- Au sujet de son rôle dans le fameux scandale de Noyon, voir ibidem, tome V, page 107. Il était l'un des hommes de Richelieu, qui Jui confiait les affaires très délicates de son neveu le général des galères et celles de la duchesse d'Aiguillon. Voir Lettres du Cardinal de Richelieu, tome V, page 102. Jacques Barin appartenait à une famille de Bretagne.

(3) Allusion au fameux dicton que l'on attribuait à Charles-Quint : « La langue espagnole pour parler à Dieu; la langue italienne pour parler aux femmes; la langue française pour parler aux hommes; la langue anglaise pour parler aux oiseaux; la langue allemande pour parler aux chevaux. »

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