‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 256 sur 367 · LE PRYTANÉE UNIVERSEL DES LETTRES ET DES SCIENCES · texte numérisé non relu

LE PRYTANÉE UNIVERSEL DES LETTRES ET DES SCIENCES

plus en usage dans aucun lieu du monde, le plus précieux temps de la vie? On donne mille fois à la géhenne et à la torture toutes les facultés de l'âme de l'enfant. Un esprit franc et libre, un génie noble et relevé ne se peut captiver ni abaisser jusqu'à ces rudiments ; il se cabre, il se rebute, et enfin il secoue ce joug fâcheux et importun. » Mais n'oublions pas que le latin est la clef du français.

Richelieu avait donc pris nettement position en faveur de la langue française, à la condition de la fixer, de l'améliorer, de la purifier. Tel était son dessein, son parti pris, tel était le sens qu'il donnait à la création de 1' « Académie » de sa ville, Richelieu, — et naturellement aussi de V Académie française, — la bien nommée!

On ne peut donc dire qu'il ne se fût pas occupé de ces questions vitales, si Boisrobert ne l'eût pas averti de l'existence du groupe Conrart. Une disposition favorable se manifestait parmi ces esprits distingués, — rien de plus — et le cardinal la mit à profit, pour le succès de ses vues et de celles des descartistes, en accordant au groupe une autorité officielle.

Mais, en ce qui concerne sa fondation maîtresse, nous avons des déclarations authentiques et d'une tout autre portée.

Écoutons Hippolyte-Jules Pilet de La Mesnardière, natif de Loudun, médecin du Roi, médecin du cardinal, qu'il suivit au cours de la dernière et douloureuse campagne du Roussillon; élu à l'Académie française (1655), en raison de certaines aptitudes littéraires qu'avaient révélées ses divers ouvrages sur les Possédées de Loudun, sur la Poétique, une tragédie, la Pucelle d'Orléans, etc. Voici comment il s'exprime dans son discours de réception : « J'eus de Son Éminence, Messieurs, de longues et glorieuses audiences vers la fin de sa vie. Durant le voyage de Roussillon, dont la sérénité fut troublée pour lui de tant d'orages, il me mit entre les mains des mémoires faits par lui-même pour le plan qu'il m'ordonna de lui dresser de ce magnifique et rare collège qu'il méditoit pour les belles sciences et dans lequel il avoit dessein d'employer tout ce qu'il y avoit de plus éclatant pour la littérature dans VEurope. Ce héros, votre célèbre fondateur, eut lors la bonté de me dire la pensée qu'ail avoit de vous rendre arbitres de la capacité du mérite et des récompenses de tous ces illustres professeurs qu'il appeloit,

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