‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 262 sur 367 · LE « CID » DEUX FOIS REPRÉSENTÉ CHEZ LE CARDLNAL · texte numérisé non relu

LE « CID » DEUX FOIS REPRÉSENTÉ CHEZ LE CARDLNAL

Tout au contraire de ce qui a été rapporté, les deux hommes responsables du salut de la France, Louis XIII et Richelieu, comprirent si bien le secours que la pièce leur apportait auprès du public que le Roi la fit jouer trois fois de suite immédiatement dans son palais du Louvre. Quant à Richelieu, après avoir assisté à ces trois représentations, il la fit reprendre deux fois encore dans la salle de spectacle de son hôtel de la rue Saint-Honoré.

Corneille, assurément, suivait des yeux « son maître », comme il appelait le cardinal. Autorisé à lui dédier Horace, il lui dit bientôt (notez ces graves paroles qui expliquent tout ) : « Certes, ce changement visible qu'on remarque en mes ouvrages depuis que j'ai Vhonneur d'être à Votre Éminence, qu'est-ce autre chose qu'un effet des grandes idées qu'elle m'inspire quand elle daigne souffrir que je lui rende mes devoirs... Il faut. Monseigneur, que tous ceux qui donnent leurs veilles au théâtre publient hautement avec moi que nous lui devons deux obligations très signalées : l'une d'avoir ennobli le but de l'art; l'autre de nous en avoir facilité les connaissances... Vous nous en avez facilité les connaissances, puisque nous n'avons plus besoin d'autres études pour les acquérir que d'attacher nos yeux •sur Votre Eminence, quand elle honore de sa présence et de son attention le récit de nos poèmes. C'est là que, lisant sur son visage ce qui lui plaît et ce qui ne lui plaît pas, nous nous instruisons avec certitude de ce qui est bon et de ce qui est mauvais... »

Haute communication des âmes! Corneille ne pouvait pas ne pas reconnaître le service de l'homme qui avait ennobli le but de l'art et dont les actes inspiraieiit la nouvelle poésie, puisqu'il déclare en propres termes que telle était l'origine du changement qui s'était produit dans sa propre inspiration.

Les faits parlent d'ailleurs. Richelieu accepte que Corneille dédie le Cid à sa nièce M^^ de Combalet,la future duchesse d'Aiguih Ion; et, pour lui-même, il agrée la dédicace d'Horace, pièce qui suit immédiatement le Cid; il accorde, sur ses deniers, une pension de quinze cents livres à l'auteur. Et, dès janvier 1637, c'est-à-dire au plein succès de la pièce, le Roi, sur son conseil, fait dresser, en faveur du père de Corneille et de la famille, des lettres d'anoblisse-

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