CORNEILLE ANOBLI PAU LOUIS XIII
ment. C'est, si Ton tient compte de la différence des temps, le met
de Napoléon sur Corneille : « Je l'aurais fait prince ».
Plus tard, Corneille a exprimé, en ces vers adressés à Louis XIV,
tout ce que cette récompense royale (nous dirions nationale) avait
fait pour sa gloire :
La noblesse, grand Roi, manquait à ma naissance. Ton père en a daigné gratilier mes vers, Et mes vers anoblis ont couru l'univers Avecque plus de pompe et de magnificence.
Magnificence! C'est tout le siècle (1).
En cette année 1636, la France est à l'une des époques les plus graves de son histoire. Louis XIII lutte contre ses ennemis du dedans et du dehors : sa mère Marie de Médicis, son frère Gaston, le duc de Lorraine, le roi d'Espagne, l'Empereur, leurs alliés, sont conjurés contre lui. Les pamphlétaires reprochaient à Richelieu son ingratitude à l'égard de la Reine mère et les souffrances du peuple accablé d'impôts. Les armées françaises, au début de la campagne, sont vaincues, le territoire envahi : en un mot, c'est Vannée de Corhie. Richelieu et le vieux maréchal de La Force parcourent la ville pour susciter l'émotion patriotique et pousser aux enrôlements le peuple de Paris.
Horace va paraître en 1637. Écoutons le vrai langage du poète :
Combattre un ennemi pour le salut de tous Et contre un inconnu s'exposer seul aux coups,
(1) Les deux siècles qui ont suivi se sont obstinés à s'inspirer uniquement des pamphlétaires adversaires de Richelieu et n'ont pas manqué de répéter, au sujet des relations du cardinal avec Corneille, les quatre vers qui ont été attribués à celui-ci comme épitaphe de Richelieu :
Qu'on parle bien ou mal du fameux cardinal,
Ma prose ni mes vers n'en diront jamais rien :
II m'a fait trop de bien pour en dire du mal,
Il m'a fait trop de mal pour en dire du bien. Jamais on n"a fourni une preuve quelconque établissant que ces vers sont de Corneille. Ils ont été publiés dans un de ces Recueils, imprimés en Hollande, où Richelieu fut abominablement traité par les adversaires de la France, notamment au temps de la guerre de Hollande. On a fait observer, avec raison, que le manque d'alternance de rimes masculines et féminines suffirait pour prouver qu'ils ne sont pas de Corneille. Quant au sonnet sur la mort de Louis XIII, dont il a été donné au moins quatre versions dilTérentcs, c'est Voltaire qui l'a publié, et peut-être inventé ou remanié. (Voir Taschereau, Vie de Corneille, Bibliothèque Elzévirienne, pages 117 et 320.)