‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 265 sur 367 · LE PUBLIC PREND PARTI POUR CORNEILLE · texte numérisé non relu

LE PUBLIC PREND PARTI POUR CORNEILLE

hredouillant poète comique Messire Pierre Corneille se terminait

par ce pronostic :

Vous le verrez cet hiver dans Paris, Bien étrillé comme un cheval de prix.

Déjà partout le bâton s'appareille Dont son grand dos doit être endommagé, Esprit de fange, âme de savetier.

Corneille, de son côté, dans le rondeau visant Mairet : Qu'il fasse mieux ce jeune jouvencel,

renvoyait la muse de son insulteur en un lieu qui rime à « jouvencel ».

Vilaine, vilaine querelle sur laquelle la badauderie de l'histoire s'est vilainement appesantie. Le public avait pris parti pour Corneille; les jaloux n'en étaient que plus ardents. Cette querelle des vanités exaspérées contre l'homme dont le génie triomphait excédait, après le public, tous les gens de tact et de mesure. L'insulte finit par lasser jusqu'aux insulteurs. Tout le monde aspirait à une fin. Scudéry, qui avait engagé la bataille par ses Observations sur le Cid, lourd pamphlet de pédantisme grammatical, cherche lui-même une issue. Il la trouve : il demande que le différend soit porté devant l'Académie.

L'Académie venait de naître; elle sortait, non sans peine, de ses langes. On sait les conditions de son origine : la France, nous l'avons dit, avait, alors, le désir unanime que la langue française fût améliorée. En province comme à Paris, des groupements nombreux se consacraient à cette tâche. Les salons comme les parlottes s'en mêlaient; les gens du monde, la Cour et, au plus haut degré, les chefs de l'opinion, les gens d'Église, le pouvoir royal s'y employaient. Nous avons vu la pression que les protestants, les philosophes, les politiques exerçaient à ce sujet sur Richelieu.

L'Académie, à sa naissance, est safêie de la querelle.

L'un de ces groupes s'était formé à Paris autour d'un protestant, peut-être converti, Conrart; ce groupe comptait plusieurs personnes

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